mercredi, décembre 27, 2006

Fondre au noir

Nous avons plusieurs machines. Elles font des choses. Pour nous. C'est comme ça. J'en ai vu, dans des films, des gros trucs qui crachent du feu. Je voudrais parfois travailler dans une usine, être un steelworker si j'en avais le courage et le dos. Le visage en suie, et à longueur de journée, j'y ferai fondre le métal en lave, comme si mon coeur même explosait comme un Vésuve en boîte. Il y en a des machines même pour faire rugir un coeur asséché. Y'en a qui permettent de voir des choses qu'on croit affreuses. Les bactéries. Les virus. Les grandes pandémies, les grandes maladies mortelles sont parfois d'une beauté incroyable au microscope.

Mais les boutons, la mécanique ne peut expliquer cette vague. Le silence. La neige dehors. Assis sur le plancher, quand l'aiguille tique. Je remonte le temps. Parce que je ne suis plus aujourd'hui. La seule chose à lier est ma folie, mon absence. J'ai déjà quitté, pardon. Au cinéma, on appele ça une fondue enchaînée. Dans mon cas, il n'y a que les premières images, quelques souvenirs d'un passé heureux. Le reste est noir, et je vous attends, votre doux atterissage dans ma paume ouverte.

La nouvelle année arrive, mais je suis un générique de fin de film.

dimanche, décembre 17, 2006

Nouvelle année

J'attends que tombe sur la ville comme un linceuil, comme la neige ce rideau blanc. Je ne prendrai pas soin de ma santé. J'attends ce froid qui noiera tout comme une symphonie de vagues, le dernier mouvement. J'attends l'oubli qui viendra peut-être, qui sait. J'irai me raser tout les cheveux de la tête. En attendant, je dresse une liste de choses à faire. Je mangerai encore de la crème glacée Coaticook (parce que c'est là qu'est née Winnifred Bertrand.) J'irai défier les saisons, rire du réchauffement, trouver une petite pente avant la neige, et rouler dans le gazon. Je ne dirai pas non à la drogue dure. J'écrirai une scène où les personnages chantent. J'attends de perdre la mémoire. J'écrirai une chanson et j'enlèverai le de résolutions.

vendredi, décembre 08, 2006

Magnétisme

Je suis fasciné par le jeu des aimants.

Il n'en fallait que deux pièces, qu'on décrochait du frigo ou retirait d'un jeu d'échec magnétique par exemple. Mon frère et moi étions possédé par ce jeu à la surface carrotée, rouge et noire, qu'on trouvait au magasin du dollar. C'était fait en Chine sans doute, mais j'étais sûr qu'il devait y avoir un responsable derrière cette idée. Car ce jeu exerçait un pouvoir immense, une fascination complète chez l'enfant que le morcellement et la chute guettent à tout moment. Nous le prenions avec nous partout, comme si nous avions glacé les jours et vaincu toute métamorphose possible du temps. C'est fait, c'est ça! Tout y est! Les aimants faisaient l'ancre qui coulait tout dans l'éternel. La terre pouvait trembler, les voyages nous emporter, que la partie devait continuer. Échec! Gâre à toi! Mais on se réveille toujours de cette euphorie; nos armées démembrées, pêle-mêle, les figures détachées de leur socles...

Je suis façonné par le jeu des aimants.

Il n'en fallait que deux. Je note: Résultat #1 - une attirance intacte, ennuyeuse presque, sans conclusion. Résultat #2 - une fébrile danse de répulsion. Il y a toujours une attraction pour l'un ou l'autre, la vie ou la mort, par exemple. Ou encore, l'oubli et la désinvolture ou le passé. Je suis du deuxième groupe dans ce cas, s'il faut choisir, j'aime les pantalons délavés, les machines oubliées, l'obsolète. Je vous parle de magnétisme car je danse malgré moi sous ces pulsions que mes doigts d'enfant ont déjà tenté d'attraper.

Notre maison, je la quitte toujours doucement que pour refranchir son seuil et me permettre ces voyages. L'alchimie du lieu devenu luxe, transformer le présent en passé est ma maladie. Alors je fond dans le bain la nuit quand j'y retourne, pour abolir les pôles, le plus ou le moins, et ne plus voir la légèreté du plomb des choses. Goûter le silence d'avant le monde sauf que maintenant, ce sont ceux qui m'ont mis au monde qui dorment.

mardi, décembre 05, 2006

Bouffée

Ce n'est pas qu'il n'a rien à dire. Il écoute les conversations qui sautent rapidement d'un côté de la table à l'autre. Et les rires fusent sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi, comme s'il manquait toujours un élément de l'histoire. Pourtant, il tend l'oreille, mais n'arrive jamais à placer un mot. C'est alors que vient l'idée de fumer. Le discret, le muet, l'aphone aime la cigarette. Quelqu'un le lui avait fait remarquer, le geste de porter la cigarette aux lèvres, de prendre une bouffée, puis enfin, d'éloigner la main de sa bouche faisait tant de bien. Non pas en nicotine, non pas par l'absorption de quelconque ingrédient chimique. C'était de répéter sous la fumée ce geste de tirer, comme avec une ficelle, des paroles inaudibles de sa bouche. L'index et le majeur qui se glissent de nos lèvres vers les autres, comme quand on embrasse celle qui nous quitte sur le wagon d'un train. Après tout, il n'avait peut-être rien à leur dire, alors il fumait.

dimanche, décembre 03, 2006

Maux

mes mains mots vides comme comment dire pour voix désert cassé peau distance plafond chanter oui chanter noir une sieste et un désir rue écho écrire loin refrain sous verglas étrange et nu blanc l'école rouge gazon clôture sueur nuit haleine elle

you're okay, alright. you're okay, it's not fine

boum derrière l'oeil, c'est tard mais j'aime que la nuit reste, quand elle dit oui, quand on lui dit qu'elle peut rester, dormir ici, dans mon coeur.

jeudi, novembre 23, 2006

Le saut

Et si j'ouvre les yeux, je vois l'impossible. Il y a des choses comme ça, tout de suite, je les sais comme rayés de ma carte. Les jours de novembre, le soleil en halo, le téléphone qui ne sonne plus, tout m'apparaît comme une mince ligne qui me fuit. Certains l'appellent 'horizon'. Moi, 'l'impossible'. Le saut en est un autre exemple. Les jeunes filles le font à la corde, les garçons avec un ballon vers un anneau suspendu. L'intenable suspension, nos enfances écoulées dans la cour de récréation l'ont mise en pratique. Faire de ces milliers d'infimes moments comme un sourire rapiécé, piètre moquerie à l'attraction terrestre.

Le père de mon ami a appelé. Comme j'entends à travers les murs, je peux le raconter; mon ami lui parle de son travail, de sa copine, du chat qui habite ici, où nous l'avons trouvé. De ça et d'autres choses. C'est d'une beauté impossible. Car même le mot 'chat' , je dois le traduire. Mon père. Nous n'avons pas la même langue depuis toujours. Comme j'aimerais t'appeler, te réveiller cette nuit, te dire quelquechose. "Tu sais, il y a un chat sous mon lit".

samedi, novembre 18, 2006

Pain et amour

J'ai longtemps travaillé dans une boulangerie. Il y avait là un boulanger polonais ressemblant à un acteur jouant le rôle d'un boulanger polonais. C'était un homme dessiné à son métier, au corps calqué et rond comme la miche qu'il roulait avec sa paume. Sur les gâteaux d'anniversaire, il gravait avec une encre chocolaté les noms, d'une grâcieuse aisance, en laissant parfois une faute d'orthographe. Malgré ce temps près des fours, acheter un pain m'est encore toujours difficile, comme un moment d'égarement devenu presque familier. D'abord, la forme. Baguette, ficelle, épis, pistolet, belge, fougasse, fesses... et puis la farine comme second dilemne; blanche, blé, levain, seigle, ... j'opte parfois pour le multigrains pour les choisir tous.

L'amour est comme le pain. La vie de couple vient chercher à la même heure sa miche blanche, serrée sous son bras, sans question, sans conscience de sa chaleur maintenant éteinte.
je suis

mercredi, novembre 15, 2006

Le monde

Sur la rue Châteaubriand, on se lève tôt pour sortir le bac vert. Ou bien alors on s'en occupe la nuit avant d'aller se coucher. Ce matin, pluie de novembre toujours. J'en profite pour marcher un peu, attraper ma mine décoiffée dans les vitres d'automobiles garées. Les jours passés ont déposé sur le pavé des flaques, le promeneur se lie alors à ses lacets, le regard toujours en plongée. Une voisine sort en trombe des objets de toutes sortes, quelle journée triste pour l'abandon! J'attends qu'elle tourne le dos pour découvrir un petit trésor dans la boue. Je ne peux faire autrement. C'est un globe, un globe terrestre. Arrivé chez moi, je branche le cordon, et allume. Son ampoule brille toujours, une planète veille immobile maintenant dans mon salon. Le monde appartient à ceux qui se lève tôt, dit-on.


lundi, novembre 13, 2006

La main

J'y porte parfois une attention furtive. Car il s'en détache souvent une sensualité troublante, l'instant n'importe peu puisqu'on le crée à souhait, le matin dans le souterrain par exemple. Une main étrangère serrant un sac en cuir, à mes yeux d'étranger passager, sont ces doigts qu'on voudrait enlacer tendrement pour rien. Derrière le regard hagard se cache l'image d'un fruit exquis, et une honte aussi.

C'est que quelques années ont passé, sans que je ne sache comment les mesurer. Et nous étions toujours restés là, cette petite période d'avant la grande amitié. Sous la lumière berçante de la cuisinière, elle me la montre d'un air espiègle comme si nous étions enfants, qu'elle l'avait dénichée dans la cour d'école, ou volé à sa mère. Et ses yeux étincellent.

Regardes-ça...On a fait ça à l'Ile. Non, sans la famille, c'aurait été beaucoup trop cher.


Pourtant, je n'avais jamais pris le soin d'arrêter mes yeux sur ses mains, à elle. Le regret est fait un peu de ce genre de découvertes tardives. Celui d'un terrain devenu chantier ou d'une photo d'un proche perdu, toutes les choses qu'on aimerait avoir dites.

Ou comme cette petite bague à son annulaire ce soir.






dimanche, novembre 05, 2006

La vie selon Wikipedia

Il est rare de sortir des chemins battus d'Internet. Un soir, on peut chercher l'adresse d'un restaurant, la définition d'un mot étrange, peut être, avec plus de folie, on voudra savoir sur quelle latitude se trouve Machu Picchu. Par ennui, par habitude, par mégarde. On peut taper son nom, appuyer sur la toucher ENTER comme s'il s'agissait vraiment d'ouvrir une voie, de passer sous un arche et d'aller quelquepart. Rien n'y échappe, ou plus précisément, ce qui ne se retrouve pas sur la toile, n'existe simplement pas. Ce n'est pas le proverbe du peintre, c'est la vie devenue un moteur de recherche, comme une toile de désirs et de quêtes. Pourrais-je un jour googler le sens de la vie?

Wikipedia définit la vie: Life itself is a set of processes that are carried out by an organism causing it to survive. L'étymologie de triste en anglais, sad retrace les origines probablement à Saths du goth, pour plein, satisfait, tout comme du latin; satis, assez, satur, satisfait. Étrange.

Je suis bien un organisme dont plusieurs mécanismes me maintiennent en vie. Je suis en vie, je crois, mais le problème n'est pas là... Ma vie n'est qu'envies.

mercredi, novembre 01, 2006

Saison des pluies

Je connais moins de mots que j'ai de doigts. Pour être seul avec moi, je venais de naître par une fissure, à l'autre bout de la Terre. D'abord, apprendre à compter. Satu, doua, tiga... Noter sur le dessus de ma main le chemin du retour était la seule chose d'importance.... # 10, Jalan Tengkat Tung Shin en espérant me retrouver sous les pluies encore aujourd'hui. Et encore nos pieds frisonnent les premiers dans ces ruelles devenues rizières. En attendant sous une pièce de tôle sifflante, c'est un bonze que je vois m'approcher à petits pas et venir incarner l'éclaircie de son doux safran.

N'ai-je pas déjà visité ce coin de rue? ce marchand de fruits? ces vendeurs de films hollywoodiens? Peut-être. Parfois, tourner en rond réconforte. Tiens, un attroupement. Un gars est encerclé devant le 7-Eleven, la tête légèrement baissée, alors que des hommes en vestes de cuir gueulent et crachent à son visage. J'ai compris dans cette ville le timbre de l'injure avant celui des salutations.

Aux petites heures du matin, on se retrouve entre amis au nom de pays. Les français fument, l'irlandaise a les yeux irrités, la danoise se colle un peu sur moi. On pointe l'image des plats dans le menu et il y aura toujours cette drôle d'incertitude quand ils nous sont servis. La bière coule et nous aussi, tard dans la nuit et les néons, dans les traces d'une ville inconnue et tentaculaire. Quelle jour était-il? Quelle saison à la maison? On ne savait rien, rien du tout, comme une enfance qui retient le rideau de la nuit.



Kuala Lumpur - Novembre 2005

dimanche, octobre 29, 2006

Lueurs de Kuala Lumpur

Main Street n'a aucune air d'importance à Salt Lake City. Peu importe, il y a là une bouquinerie grand comme le monde, un café aussi. Le long des énormes bibliothèques est posé un rail sur lequel peut glisser doucement une échelle nous permettant d'aller chercher les livres hors de portée. J'ai peur de tomber ou être pris de vertige et choisis les petites tables rondes.

- Hi, I'd like a café au lait please.

- I'm sorry, what?

- Hum... cafe LATTE please?

- Oh, Yeah. Sure.

- ...

C'est confirmé, une fois de plus. Demander un café au lait, prononcé en français, ne mène à rien aux États-Unis, même s'il est vraiment écrit comme cela sur l'ardoise. Assis, je joue à regarder ces étudiants faire un travail que je connais bien, derrière le comptoir. La jeune femme, mon âge peut-être, a un regard d'une tristesse creuse, où d'un manque de sommeil sérieux. Je ne sais lequel choisir. Son rire apparaît comme de fragiles bateaux en papier sur l'écume. Tout à coup, elle chavire, et échappe un cri: GOD!! MY LIFE SUCKS! Je ne sais pourquoi. Ca m'a tellement fait du bien d'entendre ca. Non, je ne souhaite pas le malheur chez des inconnus. Peut être juste qu'on m'enlève un peu les mots de la bouche.

***
Rester assis pendant le générique d'un film étranger demeure un bonheur secret, là on s'étourdit, béat sous les noms d'une écriture chinoise qui tombent. C'est aussi un peu le confort d'un tendre anonymat, si on veut se dissoudre dans le creux de sa chaise avec la paume sur la joue. Mais vint cette touche sur mon épaule dans l'obscurité de la salle de cinéma. C'était là une infime seconde pendue dans le temps, sans même une parcelle d'envie de me retourner. Car cette douceur, cette presque chaleur à travers la laine de mon chandail disait déjà avec suffisance l'existence d'un moment passé, d'une connaissance égarée, d'un peu de sens. C'était beaucoup, un baume contre les dérives qui effacent lentement les souvenirs, trompent le calcul des plaies tracées dans l'écorce des jours seuls. J'aurais voulu qu'on me sache étranger dans toutes ces villes. Que cette errance soit exclamée aux regards de tous. J'aurais tant voulu que cette détresse et ce froissement aujourd'hui se déversent comme les orages d'été à Kuala Lumpur.

mardi, octobre 03, 2006

Acoustique


A chaque soir, il détache la selle du vélo et puis monte les escaliers en courant. Une feuille jaune que la semelle de son soulier piétine assourdit le rugissement du centre-ville au loin, tout est renversé dans un souffle, à bout de souffle d'automne. Pour recommencer comme les martyrs qui se dessinent à la bombe sur le pavé, devant l’ordinateur, il faut choisir encore et encore la touche: NEW BLANK DOCUMENT. C'est comme tout peindre en blanc.

27 septembre, ceci. 28 septembre, rien. 29 septembre, ça. Quelques lignes de fausses misères, de vacuités adolescentes. Les confessions se mesurent en bits, titrées en chiffre. Les poèmes, les testaments, les secrets de nos mécaniques se sédimentent en kilo-octets. "À l'aide!" cri-t-il, mais on a compris ceci: "010101111100101010111101101"

Les acousticiens notent que l’oreille humaine entend les sons de 20 à 20 000 Hertz. Les décibels sont une mesure relative du son, qui lui n'existe que couplé à un autre. Ma voix ne peut être mesurée ainsi et je ne connaitrai jamais le fracas des bombes sur Bagdad car sur ma peau aride, même le silence a déserté. Reste qu'une saignée qui coule, dans mon oreille gauche, un doux torrent.

samedi, septembre 09, 2006

Nos chandelles

Les souvenirs ressemblent au début oublié d’un film. C’était peut-être comme ça, ou bien comme ceci. Un morceau d’ici, une lumière d’ailleurs. Il n’y avait plus de place dans l’auto, et je regardais mon frère s’éloigner, assis dans la remorque. Je restais planté là, sur la rue, avec cette image qui est demeurée. Justement, enfant, je n’étais rien d’autre que planté là, éternel spectateur. On m'appelait dans ma langue d''un mot dont la sonorité déjà explique tout, quelquechose qui en français ressemblerait à peine à naif ou bête. Grandit-on un jour hors de nos surmons?

Romain. Mon premier ami m'a appris l'étourdissement des hauteurs. Il devait faire quelques têtes de plus que le garçon gêné que j'étais, mais c'étaient surtout ces balles de tennis qu'il savait lancer droit vers le ciel en chandelle. Et nous restions là, dans la cour d'école, alors que notre projectile se fondait comme une goutte dans le ciel d'automne. Je retenais doucement mon souffle.

Puis la mère de Romain mourut. Son père continua à le mener à l'école le matin sur le trottoir, le dos un peu courbé. Puis je ne l'ai plus revu. Et enfin, nous déménagions. Du 4 1/2 à la grande maison de banlieue, trop de choses nous ont échappé. Trop de vide s'est déversé entre nous comme un torrent qui tourmente les lettres d'un simple mot. Adieu les lits superposés, la cuisine trop petite et le papier peint de plage des Caraibes pour nous libérer.
Les nuits, on ne pouvait plus espionner notre père étudier, car il n'était plus ici. Comme l'entendre se brosser les dents tôt le matin en écoutant la radio trop fort. C'est à cette époque que les choses ont commencé à se passer derrière les portes, ou loin d'ici.

La première nuit dans cette immense maison, nous avions dormi les quatre sur un même matelas, dans cette pièce nue, sous la douce lueur des chandelles.

mercredi, août 23, 2006

Le bossu

La fenêtre de la chambre regardait vers le sud-est. Au-delà des boisés interdits et derrière les rues désertées de banlieue s'étalait, comme repoussée aux limites terrestres, l'autoroute caressant les courbes fuyantes du fleuve. Mais la nuit, cette musique lui venait assez vague et il la déguisait à sa guise, pour écrire la partition de la mer du Nord ou celle du décollage d'un Boeing. Un peu de tout, car qui rêve vraiment à la trame des échos et des klaxons, aux cris égarés?

I could be nothing without you
Said the waves to the sand *


Ces douleurs douces au dos gênaient son sommeil. Ce n'était pas la foudre, rien qu'un léger engourdissement qui gagnait son corps conquis. En y repensant, ce n'était une 'douleur', plutôt un mal, oui, celui d'une absence. Une paume glissant comme une goutte sur sa peau, comment se souvenir? Il avait oublié ce qu'était de poser la main sur son ventre rond, et de tracer avec son pouce comme un compas une fine esquisse. Il y avait déjà eu sous mes doigts, comme dans un filet, les marées de ton souffle doux.

* Great Lake Swimmers

vendredi, août 18, 2006

Patience

J'ai voulu acheter un cahier pour y écrire, mais les lignes étaient trop foncées. Sur ces plages encore blanches elles s'étalaient comme les barreaux d'une cage. Comme le souffle du court moment libre, écrire se fait quelquepart entre une page toute blanche sans repère et une feuille lourdement rayée. Nous avions deux canaris à la maison. En revenant un soir après un voyage aux États-Unis, nous les trouvâmes tous deux couchés dans le fond de la cage, posée par terre. De froid ou de faim, les oiseaux ont dû crier toute notre absence jusqu'au dernier souffle. Comment avions-nous pu les oublier? Qui auraient pu les nourrir? Peu importe la saison, on ne peut attendre pour toujours.

vendredi, août 11, 2006

Sur le seuil

Il y a des choses que je ne peux croire. J'ai cogné chez lui et vis d'abord à travers la vitre un désordre évident. Le travail de porte à porte nous fait glisser sur des surfaces éphémères, le nom des fleurs, la couleur du paillasson, l'usure des souliers... Toujours trop peu d'indice, trop peu de paroles, trop peu de temps. Ce jeune couple qui coupe des tomates en sous-vêtements, cette femme seule qui écoute un concerto dans l'obscurité, des rideaux qui flottent sous la brise du mois d'août. Des tableaux d'une chaleur que j'envie un peu, car condamné sur le seuil même de l'intimité, la dure ligne entre le soi et l'ailleurs. Lui, son regard est d'une lueur qui parfois éclate comme une voix en cage. Je le sais qu'il tangue comme une silhouette qui veut tendre la main et me raconte.

C'était fou, tu ne sais jamais où tu pars, où tu es et puis voilà, tu descend d'un avion. On te dit de rien faire, de les laisser se tirer. Tu es en Bosnie, c'est l'année 1999. Puis, tu étais très près de cette fille, militaire comme toi. Tu me demandes d'essayer d'imaginer le plaisir d'un confort, d'une intimité si fort car si loin de chez toi. On allait se voir le matin, et on partait tirer des cibles ensemble. Et il fait si chaud qu'il faut sortir du tank pour respirer, elle et toi. On dit que la guerre est pleine de drapeaux de haine, alors qu'elle ressemble à un souffle juvénile et presque naif de vie. Elle est morte en te faisant face, son sang sur tes vêtements.

On ne ment pas avec tel éclat, mais il y a des choses que je ne peux croire, car l'horreur est un visage qui ne se raconte pas.

mardi, août 08, 2006

Poings à la ligne


J'aimerais être un street fighter, vivre qu'en deux dimensions, sur cette ligne horizontale, et ne jamais tourner le dos aux gens. Avancer ou reculer, mais le regard toujours vers le même désir. Tout doit se passer dans l'en-deça: 3 rounds, 3 épisodes et puis c'est tout. Car c'est vrai, l'au-delà lui, n'existe pas. L'adversité peut porter différents noms, les secondes peuvent s'égréner, je m'en fous. Nous sommes sur les planches pour exploser, fonçant la tête baissée. Et la gloire n'attend qu'à être cueillie. Je crierai adouken pour faire jaillir ces flammes du fond de mon coeur.

Nul ne se doute qu'on est que pantin, que quelquepart ailleurs, les flèches nous jettent des sorts et nous tirent les cordes. Au bout de leurs doigts, on pense leur échapper, voler presque.

dimanche, août 06, 2006

La marmite

Jeunes, allongés dans notre lit, nous nous imaginions autour d'une énorme marmite en train de préparer un potage. Alors pour s'endormir, on énumérait à tour de rôle toute sorte de nourriture. Des carottes. Des patates. Des choux... jusqu'à ce que mon frère décide de m'y jeter aussi, pour mettre fin au jeu.

Toi.

La nuit, insomniaques sont les faibles lueurs dans ce ciel d'été jamais obscur. Et sans relâche le cycle qui dans nos têtes va et vient. Et pourtant, c'est là que le voyage dans le temps s'opère, que tu choisis de revivre les derniers jours, mêmes les dernières années. Ce que j'aurai pû dire, ce que j'aurai dû répondre. Ici et là. Tu aimerais revenir et écraser ces voix, ces questions pour briller un peu. Et alors tu songes dans le silence de ta maison ... où vont nos voix? Où s'évanouissent les timbres des paroles les plus tendres, les mots maintenant oubliés? Difficile de concevoir cet abîme où glissent d'abord un son, une phrase, une idée, puis nos enfin, nos vies aussi.

Minuit passé, personne avec qui jouer au jeu de la marmite. Dans ton lit, tu penses aux gens que tu aimes et tu pries pour eux. Mais une brume se lève dans le puits de ton ventre car les traits de leurs visages ne te parviennent plus. Sur la toile de la nuit, tu n'arrives plus à esquisser même le visage de tes parents.




dimanche, juillet 30, 2006

Désert d'hommes

Quand toutes les lettres sont alignées dans un certain ordre, on obtient parfois une phrase. Comme lorsqu'on s'exécute au piano, le doigté énoncent les phrasés quand on ne trébuche pas ici et là dans des pièges d'allégresse. L'agilité, la souplesse dans l'exécution peut tromper. Il m'est déjà arrivé d'entendre certain s'extasier devant des mélodies, une prouesse qu'on méprendrait pour du génie. Wow, c'est tellement beau, jamais je ne pourrais faire ça. Parfois, tout devient tellement prévisible, les répliques et les regards d'un ami, le boum-boum d'une soirée, ce même vide partout.Ton ami dans l'ivresse de la nuit te lance une phrase incongrue en terminant sur les lèvres de son amour comme pour une tentative désespérée de te rejoindre, de t'étouffer. Qu'est-ce que tout cela tu te demandes. Courir sur la nuit dans une auto noire et ne rien voir dehors. Quand l'amour même ne sert qu'à consoler. Quand on est que pour d'autres. L'indiférrence.

La musique, c'est comme les mots. L'illusion de la virtuosité et du prodige n'apparaît qu'aux âmes flouées et myopes. Il y a une différence entre la parole et la poésie, entre les gammes et le feu sous la peau.

jeudi, juillet 20, 2006

Espérances de vie

J'ai 22 ans cette année et l'homme de mon pays s'éteint à 77.2 années de vie. Cela me situe à 28,57% du parcours. Si la vieillesse est le décembre de nos vies, je me situe dans l'échelle d'une année à la deuxième semaine d'avril. C'est encore le printemps, c'est vrai, mais si les saisons ne passaient qu'une seule fois? Si les cerisiers ne fleurissaient qu'un seul jour?

Tout n'est que mathématique, mathématique-tac, tic-tac, tic-tac, nous coulons sous le sablier renversé. Comme pour ces grains de sable dont la chute est inévitable, tout demeure lointain, inacessible derrière la paroi de verre. Rien à quoi s'accrocher, rien pour nos mémoires. Mais c'est le sable même qui créa le verre, sa cage...

mardi, juillet 18, 2006

l'Amour est à Villeray

Voici une annonce, une p.a.c, lue sur www.lespac.com.




Montréal/Villera
y, Montréal (ouest) Qc
DATE DE PARUTION : 2006-07-17

Triste? Down? On vous remonte le moral

Vous vous sentez triste? Vous avez besoin qu'on vous remonte le moral? Vous voulez vous sentir aimé? important? apprecié? special? precieux? On vous contactera (appels, messages textes, telephone, emails...etc.) tout au long de la journee pour vous faire sentir aimee et speciale. Vous allez recevoir des 'petites pensees' et qui feront sentir bien et plus appreciee. Envoyez nous un email a: bhamel2000@hotmail.com et on vous aidera a vous sentir mieux.


Ce site internet permet de trouver des matelas, des selles pour vélo, des vieux posters, de tout mais aussi un peu d'amour qui coûte ici 5 dollars la journée. Il ne semble pas y avoir de contrat nécessaire comme avec les compagnies téléphoniques, où les offres sont souvent valables que pour une durée d'un an. L'épicentre de l'Amour à revendre se situe à Villeray, à 7 kilomètres de chez moi. Mais la distance n'importe pas, car l'amour transperse les frontières, même celles du réel, du tangible. Envoyer moi un poème d'amour avec une ligne vide où je n'aurai qu'à ajouter mon nom. Appelez moi le matin, quand je croupis sous le spleen. Faites moi parvenir des cybercâlins l'après-midi, quand j'arrive vers 5 heures sous le désordre de mes émois. Dites moi comme je vous importe, comme je vous rend heureux, comme vous m'aimez.

Comment on épelle mon nom?


vendredi, juillet 14, 2006

Les limbes

- Est-ce que ça, c'est votre nom au complet?

- Ouuui
, mon hésitation me surprend, après tout, je suis bien placé pour le savoir.

- Donc, c'est le même que sur le baptistaire, y'a pas de Joseph au milieu, ou quelquechose?

- Non. Pas de Joseph dans mon nom.

La négation fut entièrement positive. D'abord, il y a eu ces lignes lors de la conversation au téléphone dont je n'étais pas certain de comprendre l'enjeu. Vais-je rentrer dans le Royaume de Dieu? Serais-je confié à la miséricorde du Seigneur? Nous les foetus, les embryons sans l'eau sanctifiante du baptème, où irons-nous? "À moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut voir le Royaume de Dieu" (Jn 3, 5) Mais nous n'avons pas pêché, pas offensé Dieu, et ne sommes pas baptisés. Les limbes nous attendent-ils?

- D'accord, c'est seulement pour le suivi judiciaire, puisque c'est le gouvernement du Canada qui nous emploi.


***

Lendemain matin. Au treizième étage. Je rencontre cette voix. Elle regarde mon cv. Nous parlons un peu.

- Can you speak English?


C'est la réplique soudaine, le moment artifice qui me fait sourire à l'intérieur. Ne serait-ce pas plus délicat de poser la question en français? Can you speak English? s'entend How well do you speak it? Et démontrez-le moi tout de suite, car je ne l'oublie pas, je suis en pleine opération de charme.

- Where did you learn it?

- At school, but also with tv and movies I guess...

- Can you tell me about your last job... why did you ...quit?

Sa propre maîtrise de la langue semble douteuse, alors que je suis celui sous évaluation. Je lui explique que je suis parti en voyage quelques temps. Que j'ai fait la cuisine chez les soeurs que quelques mois. J'aime qu'on me pose des questions, car parler est un goût que je développe encore. Tout vient en rafale, plus ça va, plus je deviens flot de paroles vides, car on se fout de qui je suis. Pourvu que mon casier judiciaire soit propre, que mon permis de conduire soit valide, qui mon numéro d'assurance sociale soit juste.

- ok, donc c'est quoi tes dispo?

Fermer la paranthèse, retour au français.

Puis elle me tend une feuille de papier, je la reçois avec mes deux mains, comme mes parents m'ont toujours dit de faire. Elle est titrée: Groom & Associés. Timesheet. Mon nom y est déjà indiqué, je suis le 3262. En bas et à droite de la page sont indiqués les jours de la semaine sur la colonne, alors que la rangée au dessus affichent les articles de/from et à/to. Quelquechose me dévore. Je suis devenu une grille, et mes jours seront calculés, divisés en chiffres pour être casés ici AM puis là PM. J'apprendrai que les couleurs ne peuvent que danser à l'intérieur des lignes. Rien ne doit dépasser.

mardi, juillet 11, 2006

a momentary act of madness


Yeah, the other player was out of line. Zin could have killed him though. A local player was killed with a ball to the chest. Also my kids watched that game (age 4 and 2). They started head butting each other in the chest... tel que lu sur un forum discutant de l'incident Zidane-Materazzi

Plusieurs professionels italiens de la lecture sur les lèvres ont été interpellés et quelques interprétations furent proposées, Materazzi aurait dit à Zidane:

" son of a terrorist whore" ou "I wish you and your family die an ugly death."

Puis dans un quelconque quotidien:

Zinédine Zidane began life as a street footballer in La Castellane, the tough suburb of Marseille in which he grew up. He ended it last night as a street fighter in one of Europe's most historic stadiums and in front of a worldwide audience of millions.

À son retour sur les champs élysés, Zidane est acceuilli comme héros par le président de la République, qui comme le peuple français lui offre pardon et compassion pour son acte disgrâcieux.

"...The dishonest, double-crossing Jacob goes on to become the leader of the Jews, and Esau is left out in the cold, a forgotten man, a worthless nobody... Jacob had the spark of life in him, and Esau was a dumbell... If you're going to choose one of them to lead your people, you'll want the fighter, the one with cunning and wit, the one with the energy to beat the odds and come out on top. You choose the strong and clever over the weak and kind...He might not always play by the rules, but he's got spirit. And when you find a man with spirit, there's still some hope for the world." Paul Auster - The Brooklyn Follies




vendredi, juillet 07, 2006

La visite

Il m'arrivait parfois de regretter d'avoir faire du cinéma le matin et de vouloir être en classe après tout. J'ai connu aujourd'hui l'ennui comme seuls les enfants restés allongés au lit le savent, la lenteur, les milles pas qu'on compose, les soupirs indétachables, les yeux perdus dans les motifs du papier peint, le téléphone comme l'appétit: muet.

HAAAAAAAAAAAAAAAAAA

Je crie. Juste un peu. Rauque. Faux. Ca fait dix fois que je repasse dans la même pièce, mais pourquoi? Quelquechose de travers dans ma cage, un sceptre, mais à qui la main? Je profite pour vérifier mes courriels, espérant un miracle tombé cette dernière minute. Enlarge your penis. Stretching pussies La mode est à l'acrobatie sexuelle, soyons architecte de notre corps, cette feuille de papier.

Il est déjà 8 heures du soir, les rideaux du jour se ferment bientôt, je prend mon courage à deux mains pour sortir. C'est là que je trouve par terre, sur les murs, dans et sous mes souliers, elles sont partout. Des milliers, des milliards de fourmis. Comment savoir, comment compter? D'autant plus fascinant qu'elles aient choisi la porte de devant, je me dis, elles ont peut-être même essayé la sonnette. Comme l'eau d'une pluie trop forte, elles coulent sous la porte. Et j'ai été frappé d'une profonde tristesse. Comme si j'avais quitté mon corps, et vu ma propre incompréhensible errance.

mardi, juillet 04, 2006

Écrire.

Commencer en font 26 pour mieux voir les mots. Pour me faire croire que ce que j’ai à dire pourrait importer à quelqu’un. Qu'arrivera t-il à ce lieu de confession? La couleur de la rouille ou de l'oubli existe-elle sur le cyber-espace? Si je meurs, il n'y aura pas de lettres secrètes sous mon lit. Mes mots, ici, m’inventent, pour qu’on puisse un jour me retrouver, me déterrer, puis me nommer.

J’aurai voulu être si étourdi pour enfin confondre mes langues, mes phrases, les respirer et ne plus être lié. J’aurai voulu ne pas effacer chaque mot comme obsédé par la peur des traces derrière et du blanc devant. Peut être l’ordinateur est-il devenu un lieu de recueillement, recueil et ment comme dans un moment de prière, seul. Mais on tournera toujours autour du vrai, autour de l’insaisissable proie.

Écrire est un verbe qui me conjugue...

mardi, juin 06, 2006

Le sommeil

Je ne veux plus gaspiller l’eau du robinet, j’y fais attention, en commencant par des douches plus courtes le matin. Oui, je le sais, c'est le temps et ses regrets qui s'écoule dans le trou noir, rien d'autre.

six, six et six

je t'aurais dis : "la fin du monde est aujourd'hui, ne perdons une minute, le crématorium, ses feux impardonnables viendront nous chercher. alors reprenons nos valises et exilons nous, ensemble, sans peur, dans l'embrasure de l'horizon en braises, échappons nous de l'Holocauste des solitudes, viens, je t'en prie

la pensée du jour n'est ni prophétique, ni apocalyptique. Seulement, des mots qui se cognent contre mes murs. Et mes désirs sont délires.

Am I silly?
Am I silly?
Am I silly?

mardi, mai 30, 2006

lundi, mai 01, 2006

Mers et montagnes

J'attends grand-maman devant les statues toutes blanches à l'entrée du temple bouddhiste. Il paraît qu'elles sont sculptées du fameux marbre des montagnes du Viêtnam central, puis envoyé sur les mers, pour un jour s’asseoir au coin de Parthenais, à Montréal, à l'ombre des briques et des clôtures.



Nous profitons du soleil et du vent doux pour aller au marché. Un peu plus à l'est, sur Ontario, nous entrons dans cette épicerie bien discrète. "Viens, prend ce que tu veux" m'indique ma grand-mère d'une voix qui rappelle les temps de guerre et de faim. J'ai oublié la précision des instants premiers, mais je me retrouva instinctivement attiré vers la caisse, prêt à intervenir. C'est là qu'une cliente haïtienne, je le devineras plus tard par son accent, laissa échapper une pièce de 5 sous sur le comptoir, geste que la caissière vietnamienne comprendra comme l'insulte suprême. En un instant, elle récupère la pièce et le lance d'une rare violence, à bout portant, sur la cliente, tout en l'injuriant d'un presque-anglais: You, you go to die! La pauvre cliente de répondre: C'est quoi le rapport, je viens acheter dans ton magasin! A mes yeux, jamais le castor n'a si bien esquissé l'identité canadienne.

J'ai bien cru pour un instant être le seul témoin d'un tel affrontement, la mère de la caissière invisible en arrière-plan, son frère plongé dans le journal derrière le comptoir des viandes, ma grand-mère le nez dans les laitues. De toute évidence, la cliente avait négligé l'impératif de l'établissement concernant les sacs à main à déposer avant d'entrer. Mais laviolence est toujours aveugle, toujours désespoir.

Lorsque vint notre tour de payer, je fis bien attention de ne rien échapper. La caissière, remise de ses émotions peut être, nous servit avec le plus grand sourire, appelant ma grand-mère Bac, et moi, Em, "petit frère"

Quelquechose m'échappe.

samedi, avril 29, 2006

Le métro



- Tu écris toujours? lui demandais-je.

A cet instant, nous déposions le pied sur l'escalier roulant. Marcher avec quelqu'un m'est un geste étranger, moi qui ne sait pas danser. Je croyais bien m'immobiliser, pour qu'ainsi nous puissions étirer ces moments partagés et laisser l'ingénierie souterraine nous bercer vers les wagons. Mais j'ai dû la suivre, elle qui refuse de rester, de s'abandonner au cours automatique des choses.


Je me souvenais plusieurs hivers déjà derrière, quand nous nous découvrions à travers les mots, entre les lignes. Une nuit chez elle, j'avais eu le malheur de feuiller ses écrits lorsqu'elle sortit de la chambre et d'entrevoir en un instant mon nom. J'avais fini par partir, sortir et témoigner seul d'une fine neige sur le pavé des nuits désertes.

- Non, j'ai arrêté de dessiner, de jouer de la musique, et enfin d'écrire. Nous continuions à descendre. Je pense que ça me fuckait peut être trop, que c'était irrationnel...

C'est étrange, douloureux de réaliser au milieu de conversations, parfois qu'une petite phrase qui nous étouffe, comme on s'éloigne de nos amis, comme il est dur de garder les mêmes chemins. Mais encore, qu'est-ce que l'amitié? Nous nous rencontrions pour la première fois en plus d'un an, nous avions tous les deux voyagé si loin. Je le sais, enfin, je me leurre peut-être, ces distances, ces amitiés incertaines, je ne les blâme que sur mon coeur égaré, quelquepart dans une fin du monde.

Une étrangère me frôle, sa douce main sur mon épaule. Tant de frissons me parcourent comme le tonnerre, sa lumière dans mon champ de l'oubli.




vendredi, avril 21, 2006

L'angoisse est un marteau

Derrière mes yeux, c'est le cockpit: une énorme console devant laquelle je me chante : under the maple, it was in April, I wasn't able, I wasn't able. Quelques minutes avant minuit, je laisse de côté la fatigue d'une angoisse qui tourne dans mon circuit sans surprise. Laissez-moi en paix, laissez-moi, je vous en prie, mangez mon pain et mon paris-pâté. Les piqûres ne peuvent rien contre Épicure, je le sais. Comme j'aime ce dernier bout de tartine, comme il est merveilleux ce verre, et mieux, le lait si blanc qui coule limpide dans ma gorge. Est-ce vraiment cela la paix, rien qu'une infime pause? Suis-je un peu fou sous cette facile extase?





*By the Cathedral (Karen Ann)

lundi, avril 17, 2006

The story of my life


- What about a pizza right now?**

Woody Allen refuse
- It's the story of my life
Se dit la femme

La vie en une ligne devient un parcours miné de refus. C'est une phrase plein d'amertume, de pitié de soi, comme si l'un s'observait du ciel en se commentant telle une partie de hockey.

Il y a encore ces rêves troublés de triangles qui viennent perturber mes nuits. Sur les pupitres se brouillent mentons appuyés, chevelure blonde de désir et pages blanches chiffonnées, déchirées. Par dessus tout, on nous demande de tracer cent équilatéraux, mais pas d'isocèle. Comment faire? Comment dessiner, même esquisser la perfection. Et encore, où sont nos règles, nos compas et nos mesures? Et le temps pousse, comme s'assoient sur nos dos tout ces grains du désert, de nos vides et de nos impuissances. Le coeur débat, comme pris dans des angles incommensurables. Il faudra faire vite et terminer avant la cloche et dans l'ivresse tourbillonnante se mélangent enfin les lignes et l'arithmétique d'un visage, d'une voix douce que j'aime. A main levée, je réussirai peut-être...

Le rêve d'hier... un peu l'histoire de ma vie



** Manhattan Murder Mystery (1993)

samedi, avril 15, 2006

Fragment

I feel fucked.

C'est tellement rassurant d'avoir un bouc émissaire, un vase où jeter les fruits de nos tristesses. Alors nous dirons : "C'est l'horloge biologique, les temps modernes, ou les printemps étouffés", c'est tout sauf mon coeur qui n'est plus en feu.

Je respire depuis déjà plusieurs fois la Nuit ici, sans cesse dans le décalage, car jamais rien ne semble réussi, à l'ombre de mes espoirs, comme de l'achèvement idéal. Pourquoi ce goût toujours amer de l'incomplet en moi? Tu me diras, nous ne sommes ici sur Terre qu'en moitiés.

vendredi, avril 14, 2006

Une voix claire

Trop de rudesse. Tout est loin, un peu inaccessible, est-ce possible? J'aimerais que la chanson change en cours de route, que demain soit une suite d'arpèges aux bouts de mes doigts, dans ma voix. Si étrange de parcourir que de revenir sur ces lieux comme peut être je crois être une revenant sur mon propre présent. On dit que chanter enlève la nausée. J'ai besoin d'une voix, d'un drap d'été sur ma gorge sèche et trouble.

mardi, avril 11, 2006

Les années lumières

- C'est quoi tes plans? demande un ami
- Je sais pas trop, je réponds, un peu désemparé sur le moment.
La couleur du jour ne semble jamais vraiment loin de mes états d'âme, le pied un peu embrouillé dans le sous-sol inhabité. C'est mon anniversaire, un ou deux courriels, quelques lignes. Tout pour décevoir car les années passent et encore une dizaine de pas nous éloignent ce de banc de parc de nos adolescences. J'aimerais tant avoir l'émerveillement des pierres, l'esprit scientifique ou le regard porté vers les étoiles. Les années-lumières sont pour calculer l'inatteignable.

lundi, avril 10, 2006

Kyoto sur la langue

Parfois, je me sens attaqué et mes neurones par quelconque influx nerveux me renvoie un tas confus de sensations, mais tout sur le bout de ma langue. J'entends un air, et apparaìt par exemple dans le fond de ma gorge et dans mon coeur un goût de Kyoto. Du moins le mien...

C'est ma fête, encore un jour quand seul et moi en un, la fête elle semble folle, venue d'ailleurs et ne me tente pas. Pour cette année, je souhaite des sourires, peut être même venant du fond de mon coeur. Et qui sait, peut être dormir un peu, une épaule, une chevelure, un corps vu de trop proche qu'on doit le fragmenter. Un peu d'amour peut être.

dimanche, avril 09, 2006

Sous le St-Laurent

C'est une chute horizontale, peut-être croirait-elle à un instant intime, seule maintenant à traverser la nuit comme une lame sur laquelle miroite momentanément les lumières de la ville. "Après ce virage, ce sera le tunnel, et après le tunnel, un peu plus près de chez moi" se dit-elle. Son pied appuie un rien de plus sur la pédale comme on fait pour allonger les notes d'une prélude au piano. A la radio, un rythme primaire pulse comme son coeur adolescent dans une fête de déluge, mais se dissipe aussitôt l'automobile descendant sous les profondeurs du fleuve. Les lignes et les lumières, les couleurs; tout devient mosaîque, abstrait.

"Qu'y a-t-il derrière ces murs?" Avec sa main droite, elle tournera le bouton du volume avec une précision soignée. Crescendo et descrenscendo et on sentira presque le grichage des ondes interrompues devenir les vagues de la mer. Les bris et les cris des eaux, la voix d'un fleuve vers un temps ancestral où la vitesse n'était que projet. "Oh, depuis quand nos corps se projettent-ils ainsi?"