lundi, novembre 13, 2006

La main

J'y porte parfois une attention furtive. Car il s'en détache souvent une sensualité troublante, l'instant n'importe peu puisqu'on le crée à souhait, le matin dans le souterrain par exemple. Une main étrangère serrant un sac en cuir, à mes yeux d'étranger passager, sont ces doigts qu'on voudrait enlacer tendrement pour rien. Derrière le regard hagard se cache l'image d'un fruit exquis, et une honte aussi.

C'est que quelques années ont passé, sans que je ne sache comment les mesurer. Et nous étions toujours restés là, cette petite période d'avant la grande amitié. Sous la lumière berçante de la cuisinière, elle me la montre d'un air espiègle comme si nous étions enfants, qu'elle l'avait dénichée dans la cour d'école, ou volé à sa mère. Et ses yeux étincellent.

Regardes-ça...On a fait ça à l'Ile. Non, sans la famille, c'aurait été beaucoup trop cher.


Pourtant, je n'avais jamais pris le soin d'arrêter mes yeux sur ses mains, à elle. Le regret est fait un peu de ce genre de découvertes tardives. Celui d'un terrain devenu chantier ou d'une photo d'un proche perdu, toutes les choses qu'on aimerait avoir dites.

Ou comme cette petite bague à son annulaire ce soir.






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