jeudi, novembre 23, 2006

Le saut

Et si j'ouvre les yeux, je vois l'impossible. Il y a des choses comme ça, tout de suite, je les sais comme rayés de ma carte. Les jours de novembre, le soleil en halo, le téléphone qui ne sonne plus, tout m'apparaît comme une mince ligne qui me fuit. Certains l'appellent 'horizon'. Moi, 'l'impossible'. Le saut en est un autre exemple. Les jeunes filles le font à la corde, les garçons avec un ballon vers un anneau suspendu. L'intenable suspension, nos enfances écoulées dans la cour de récréation l'ont mise en pratique. Faire de ces milliers d'infimes moments comme un sourire rapiécé, piètre moquerie à l'attraction terrestre.

Le père de mon ami a appelé. Comme j'entends à travers les murs, je peux le raconter; mon ami lui parle de son travail, de sa copine, du chat qui habite ici, où nous l'avons trouvé. De ça et d'autres choses. C'est d'une beauté impossible. Car même le mot 'chat' , je dois le traduire. Mon père. Nous n'avons pas la même langue depuis toujours. Comme j'aimerais t'appeler, te réveiller cette nuit, te dire quelquechose. "Tu sais, il y a un chat sous mon lit".