mercredi, novembre 01, 2006

Saison des pluies

Je connais moins de mots que j'ai de doigts. Pour être seul avec moi, je venais de naître par une fissure, à l'autre bout de la Terre. D'abord, apprendre à compter. Satu, doua, tiga... Noter sur le dessus de ma main le chemin du retour était la seule chose d'importance.... # 10, Jalan Tengkat Tung Shin en espérant me retrouver sous les pluies encore aujourd'hui. Et encore nos pieds frisonnent les premiers dans ces ruelles devenues rizières. En attendant sous une pièce de tôle sifflante, c'est un bonze que je vois m'approcher à petits pas et venir incarner l'éclaircie de son doux safran.

N'ai-je pas déjà visité ce coin de rue? ce marchand de fruits? ces vendeurs de films hollywoodiens? Peut-être. Parfois, tourner en rond réconforte. Tiens, un attroupement. Un gars est encerclé devant le 7-Eleven, la tête légèrement baissée, alors que des hommes en vestes de cuir gueulent et crachent à son visage. J'ai compris dans cette ville le timbre de l'injure avant celui des salutations.

Aux petites heures du matin, on se retrouve entre amis au nom de pays. Les français fument, l'irlandaise a les yeux irrités, la danoise se colle un peu sur moi. On pointe l'image des plats dans le menu et il y aura toujours cette drôle d'incertitude quand ils nous sont servis. La bière coule et nous aussi, tard dans la nuit et les néons, dans les traces d'une ville inconnue et tentaculaire. Quelle jour était-il? Quelle saison à la maison? On ne savait rien, rien du tout, comme une enfance qui retient le rideau de la nuit.



Kuala Lumpur - Novembre 2005

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