
- Tu écris toujours? lui demandais-je.
A cet instant, nous déposions le pied sur l'escalier roulant. Marcher avec quelqu'un m'est un geste étranger, moi qui ne sait pas danser. Je croyais bien m'immobiliser, pour qu'ainsi nous puissions étirer ces moments partagés et laisser l'ingénierie souterraine nous bercer vers les wagons. Mais j'ai dû la suivre, elle qui refuse de rester, de s'abandonner au cours automatique des choses.
Je me souvenais plusieurs hivers déjà derrière, quand nous nous découvrions à travers les mots, entre les lignes. Une nuit chez elle, j'avais eu le malheur de feuiller ses écrits lorsqu'elle sortit de la chambre et d'entrevoir en un instant mon nom. J'avais fini par partir, sortir et témoigner seul d'une fine neige sur le pavé des nuits désertes.
- Non, j'ai arrêté de dessiner, de jouer de la musique, et enfin d'écrire. Nous continuions à descendre. Je pense que ça me fuckait peut être trop, que c'était irrationnel...
C'est étrange, douloureux de réaliser au milieu de conversations, parfois qu'une petite phrase qui nous étouffe, comme on s'éloigne de nos amis, comme il est dur de garder les mêmes chemins. Mais encore, qu'est-ce que l'amitié? Nous nous rencontrions pour la première fois en plus d'un an, nous avions tous les deux voyagé si loin. Je le sais, enfin, je me leurre peut-être, ces distances, ces amitiés incertaines, je ne les blâme que sur mon coeur égaré, quelquepart dans une fin du monde.
Une étrangère me frôle, sa douce main sur mon épaule. Tant de frissons me parcourent comme le tonnerre, sa lumière dans mon champ de l'oubli.
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