- Ouuui , mon hésitation me surprend, après tout, je suis bien placé pour le savoir.
- Donc, c'est le même que sur le baptistaire, y'a pas de Joseph au milieu, ou quelquechose?
- Non. Pas de Joseph dans mon nom.
La négation fut entièrement positive. D'abord, il y a eu ces lignes lors de la conversation au téléphone dont je n'étais pas certain de comprendre l'enjeu. Vais-je rentrer dans le Royaume de Dieu? Serais-je confié à la miséricorde du Seigneur? Nous les foetus, les embryons sans l'eau sanctifiante du baptème, où irons-nous? "À moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut voir le Royaume de Dieu" (Jn 3, 5) Mais nous n'avons pas pêché, pas offensé Dieu, et ne sommes pas baptisés. Les limbes nous attendent-ils?
- D'accord, c'est seulement pour le suivi judiciaire, puisque c'est le gouvernement du Canada qui nous emploi.
***
Lendemain matin. Au treizième étage. Je rencontre cette voix. Elle regarde mon cv. Nous parlons un peu.- Can you speak English?
C'est la réplique soudaine, le moment artifice qui me fait sourire à l'intérieur. Ne serait-ce pas plus délicat de poser la question en français? Can you speak English? s'entend How well do you speak it? Et démontrez-le moi tout de suite, car je ne l'oublie pas, je suis en pleine opération de charme.
- Where did you learn it?
- At school, but also with tv and movies I guess...
- Can you tell me about your last job... why did you ...quit?
Sa propre maîtrise de la langue semble douteuse, alors que je suis celui sous évaluation. Je lui explique que je suis parti en voyage quelques temps. Que j'ai fait la cuisine chez les soeurs que quelques mois. J'aime qu'on me pose des questions, car parler est un goût que je développe encore. Tout vient en rafale, plus ça va, plus je deviens flot de paroles vides, car on se fout de qui je suis. Pourvu que mon casier judiciaire soit propre, que mon permis de conduire soit valide, qui mon numéro d'assurance sociale soit juste.
- ok, donc c'est quoi tes dispo?
Fermer la paranthèse, retour au français.
Puis elle me tend une feuille de papier, je la reçois avec mes deux mains, comme mes parents m'ont toujours dit de faire. Elle est titrée: Groom & Associés. Timesheet. Mon nom y est déjà indiqué, je suis le 3262. En bas et à droite de la page sont indiqués les jours de la semaine sur la colonne, alors que la rangée au dessus affichent les articles de/from et à/to. Quelquechose me dévore. Je suis devenu une grille, et mes jours seront calculés, divisés en chiffres pour être casés ici AM puis là PM. J'apprendrai que les couleurs ne peuvent que danser à l'intérieur des lignes. Rien ne doit dépasser.
Aucun commentaire:
Publier un commentaire