dimanche, novembre 11, 2007

Thon

La solitude sort des fabriques, usinée comme le paysage jusqu'à l'horizon, qu'on forge en un vaste désert d'êtres. Je suis ce que je mange, comme ce thon tard la nuit. Le son de la cuillère qui râcle le fond de la conserve, même résonnance qu'une voix dans une maison vide, une note embrouillée çà et là. C'est à l'échelle et c'est à s'y méprendre. Le frottement du métal sur le métal, du gris sur le gris, c'est le froid contre le froid sous ta peau.

Y'a rien comme une personne pour te faire sentir loin du monde. C'est trop simple. Y'a qu'à ne pas la regarder dans les yeux, ne pas poser de question. Il suffit de faire fi, faire si, faire rien. Y'a qu'à passer au travers. Passer au travers même si c'est son propre fils.

Je suis ce que je mange, une trace. Pâle et en morceaux.

samedi, octobre 06, 2007

2/4

La vie bat en 2 sur 4, c'est sa mesure en deux temps, au possible ou l'impossible, au rythme du clignotement de la petite lumière sur mon vélo. Pourtant, la nuit noire autour, autour n'est qu'un abandon qui m'attire. Le père qui fait la guerre, la mère qui brandit le blanc, ne reste qu'à savoir où tombe le temps fort. C'est sous ces branches que j'ai appris l'ouie, pareil au premier pas.

mardi, septembre 25, 2007

24 heures

Pourquoi nomment-ont les heures "du matin" quand le noir ne vient que nous recouvrir? La mi-nuit dure bien plus qu'une seule heure, j'en suis convaincu. Et quand la ville se referme, je cherche une larme de lumière, un petit ilôt où échouer. Où? "Le nouveau palais" on m'a répondu. C'est de l'archéologie vivante, d'accord, je m'asseois et fixe le vide, mais le plaisir et la chaleur ont quitté avec le jour. Je ne pense qu'à revenir chez moi, être sous l'eau chaude, et au goût du savon qui se dépose sur mes lèvres.

mercredi, septembre 12, 2007

Et tout les vents

Le vent se lève et vient vers moi, par moi, si j'étais un verre, il me ferait souffler, verser la mer en entier dans la paume de la terre. La saison porte mieux son nom en anglais.

FALL. I'M FALLING DOWN, AND UP AGAIN.

Dans le jardin, les feuilles des bananiers se déchirent comme des haillons dans le temps, des dures fissures dans les rocs. À chaque année, le glas sonne dans les airs, c'est une mélodie de fin de symphonie: ensemble tout les cuivres, les violons, les percussions. Et tout les vents. Et tout ces vents qui crachent sur les arbres. Nous tombons, nos écorces crient et nos troncs rompent. Arbres renversés, tristesses versées, le jardin est un champ de guerre, un champ d'oublis déjà.

Nos jolis bananiers aux airs d'ailleurs et de chez moi, papa les soigne dès la sortie du printemps, en les plaçant dans des pots bien choisis. Je vois dans ses mains dans cette terre qui reste dans les ongles, un moment d'exil et de souvenir. Après 30 ans à Montréal, ses racines creusent et creusent, ses branches grimpent et grimpent trop vite. Il meurt un peu sous mes yeux, sous le poids d'une voile trop grande pour son corps. Et tout les vents le traverse.

mardi, août 14, 2007

La lettre

Nous nous sommes assis dans le jardin pour nous dire la vérité des mensonges. Notre conte nocturne n'a déshabillé aucune légende, aucun mythe des âges lontains, mais que la mise en scène de 1969. Les cordes invisibles font danser. L'allégresse des bonds n'est qu'un trucage en boîte. C'est mathématique et mécanique de tromper la gravité. Dans le silence, les ampoules du lampadaire, comme une lame, ont déchiré l'enveloppe de la nuit.

mercredi, juillet 25, 2007

Altitude

Ma première montre s'appelait Ironman. Il y était écrit, juste sous le cadran de l'heure, en très petit: 100m. Comme un secret que personne n'entendait, la mesure épelait un lieu: sous la mer, dans le creux d'une épave, dans les racines du voyage des vagues. Mais je ne pouvais le mettre à l'épreuve. Je ne verrais pas cette profonde altitude. Le miroir de la piscine m'arrêtait, me paralysait de peur. Et je savais déjà que je ne me rendrais jamais.

Personne de mon âge ne court le marathon. Ni le triathlon. Le fond se tient à distance, un peu envoûtant, trop vertigineux. Nous préférons la route, excéder d'excès, vivre ivre de vitesse. Périr sur le pavé, se sublimer et ne laisser qu'une carcasse mécanique.

La course est la même, peut être, avec la même urgence de combler un retard. Mais j'ai envie d'apprendre à nager pour un jour, très lentement, traverser une rivière.

mardi, juillet 17, 2007

L'intermarché

Le soleil se couche presque. Les pères s'inquiètent sous le crépuscule, les genoux sur la ligne de touche. Les jeunes enfants courent d'un côté puis de l'autre. Entre tous, un ballon qui ne fait que s'échapper. Drôle de paysage, pendant un cours instant, j'imagine l'immense grue tirer les enfants par une ficelle invisible, vers le ciel. Mais derrière nous tous, ces tours immobiles de l'incinérateur éteint s'ancrent, imposantes et éternelles comme l'âge de pierre.

***

Les portes coulissantes glissent et j'échappe un moment de la nuit. Le néon m'acceuille, me recueille comme un fruit mûr tombé de ses branches. J'aimerais être une pomme, rouler vers ces rayons et me ranger. Avoir l'avantage des apparences, briller, éclater, éclipser le ver qui dévore le coeur de l'intérieur. C'est comme ça, parce que le plaisir nocturne défie tout, le sommeil et le silence, comme un phare sur l'estuaire.

samedi, juin 30, 2007

La danse

J'ai jamais eu peur d'elle. On m'a déjà raconté que mon arrière grand père élevait des ruches, pour que coule cette insouciance comme un lent cours d'eau dans nos veines. L'abeille travaille trop fort pour se soucier de moi. Je pensais, je savais être intouchable, car l'enfance m'est restée collée à la peau, mon écorce increvable. J'ai jamais eu peur d'elle, car à mes yeux, elle n'était qu'une douce danse.

En préparant mes boîtes pour le déménagement, je vois qu'un nid de guêpes a germé dans la remise. Elles suivent le 1er juillet comme nous. J'approche tranquillement pour prendre la boîte. Trop tard. La piqûre me perce, incisive comme la brûlure.

Le soir. Téléphone. Quoi? La mort d'une tante. Comme ça, en deux jours, sans avertissement. Plus ça va, à chaque jour, même là, une pluie en après midi, et je sais, je vois maintenant, que la vie, la mort, tout ressemble à la danse d'une abeille, si près de la peau.

samedi, juin 16, 2007

des robes

Même à vingt ans, le voile de la nuit sur la joue, les jours filent toujours et sans relâche. Je remonte comme un train les lignes blanches vers mon quartier qui dort. Les gens de mon âge quittent les bars, et hèlent taxi. Aux feux rouges, je m'arrête, discipliné et pour laisser cette cycliste me rattraper. Elle, en robe sang et encre, me double au carrefour vide alors que j'attends, innocent. Je la redépasse à mon tour, mais n'ose découvrir son visage, n'ose voler les traits de sa figure. Le manège reprend, elle me surpasse et ne s'arrête jamais aux coins des rues. Puis, je m'élève de la selle pour prendre vitesse, pour que mes yeux puissent effleurer sa peau. Mais elle tourne, comme une page d'un roman, me laissant hagard, avec le nom de sa rue qui rit silencieusement de moi. Bellechasse... Même à vingt ans, les nuits et ses robes se dérobent comme un peloton à l'horizon.

lundi, mai 28, 2007

Note

Ils reviennent bientôt, me hanter j'en ai peur. Calcutta, Bangkok, et Montréal de nouveau. Le fil de la bobine s'est déroulée, étendue. Sèche, elle les redéposeront dans l'antre que j'avais conquis. Je l'ai vu à la télévision, le dimanche soir. Mêmes les ânes sauvages se déchirent les plaines infinies. Dans le creux de mon petit cratère d'appartement, dans mon troisième lunaire, j'avais fini par planté un petit drapeau, tissé de solitude. Leur retour me parvient tranquillement, comme une note de violoncelle au fil de l'horizon. Je vibre un peu, comme le bois d'un vieil instrument qui grince. Ou comme un plancher qui craque, celui d'une bibliothèque un peu oubliée.

Cette nuit, j'ai écouté ça.

samedi, mai 26, 2007

Jardinage

Mon père peut passer des heures à genoux dans la jardin. J'ai jamais eu la verve. J'ai jamais eu le regard ou la voix qui vient avec.

En début d'été, je prends une fourchette pour racler le bloc de terre d'avant l'hiver. Et comme toujours, dans un petit trou creusé des ongles, je dépose cette petite plante. Je referme en tapant de la main, mais la déracine de nouveau: ce n'est pas assez creux, peut être. Encore de la terre? Est-ce le bon mélange? Pour le jardin ou l'empotage? Ensuite, on dit toujours qu'il faut l'inonder, comme un baptême j'imagine. Elle devient Saguenay hors du lit, hors du balcon, petite fuite, petite chute vers les voisins du premier. Sera-t-elle bien ici, grandira-t-elle?

Le lendemain matin, j'ouvre grand la vieille porte. L'air déjà se dépose comme une tonne de plumes sur les épaules. C'est comme hier, y'a toujours pas de fleur.

J'ai déjà entendu dire que tout était dans la richesse de la terre.

Dans mes souvenirs, t'étais pas là. Ou bien oui, mais jamais nous mêmes dans nos propres yeux. Je ne sais par où pardonner, par où oublier. Je ne sais pas si tu as déjà aimé maman. Je ne sais pas où tu es. D'autres disent que tout est dans l'art de l'arrosage. Mais pour moi, l'espoir ne pousse plus.

jeudi, mai 03, 2007

St-Eustache

S'il ne pleuvait pas...

Dans ma mémoire, la lumière des dimanches d'été faisait éclater l'orange et le blanc de la tôle. Vraiment, une explosion, c'est comme ça que je le veux. Derrière toutes les rangées du marché aux puces, je me perdais dans l'âge des choses oubliées. J'étais assez grand pour visiter seul, m'accorder aux temps. Les clous, les marteaux, tout, même la rouille avait vécu plus de jours que moi.

Le seul repère restait ce toit vu de loin, où nous allions tous nous retrouver. Papa aimait la vieille vaisselle, ou nous rapportait un jeu d'échec où il y manquait un pion.

Qu'un toit de tôle après tout, ses couleurs même encore clairs ne semble plus assez, car mon amour est un fleuve qu'aucun lit ne peut cueillir. On pouvait revenir avec toute la ferraille du monde, qu'elle finirait par glisser dans la fissure de notre oubli.

mercredi, avril 11, 2007

Les abreuvoirs

Encore dans la salle de bain. Je déteste cette sensation. Les mains sous l'eau, je pense la chasser dans le trou noir de l'évier comme à travers la déchirure dans une toile de mémoire. Une pensée jaillit. Je m’imagine, sur une plaine dorée d'orge, poursuivant des moutons. Comme ça, parfois, par-dessus l'évier, c’est tellement tentant d’espérer être cowboy, de vivre pour quelquechose dans une autre ère. Sauter d’un train qui traverse l’Amérique pendant la Grande Dépression par exemple. Et si on fabriquait un lasso avec les bouts de corde dans le garde-robe? Le bruit du robinet est un doux tissus qui s'étire et m'enveloppe dans un flot incessant de réconfort.

Derrière la maison, le petit chemin de gravier menait à un abreuvoir. C'était le bout du parcours, un oasis qu’il fallait atteindre qu’à bout de souffle. Et on les connaissait à travers la ville, ces monuments à la hauteur d’enfance. Ceux qui jaillaissaient en hauteur, ceux dont l’eau gelait le fond de la gorge. À l'automne, les feuilles les couvraient et puis plus rien n’en sortait. En revenant de l’école, on s’y arrêtait encore. Puis, un moment, on apprit comme ça, la sécheresse ou le silence, des rudiments de la mort taquinés par le bout du doigt.

Mes doigts s'entrelacent doucement sous le courant tiède. Quelqu'un a dû me montrer cela. Par dessus ces fontaines, un ami venait poser le pouce sur le bouton d'argent. Comme ça, on se libérait pour faire une sorte de tasse en joignant les deux mains. L'eau s'y contenait, comme miroir du ciel d'été, et prenant que la couleur des paumes un peu noircies par le jeu et la terre.

Je me réveille dans ma salle de bain, c'est mon anniversaire, encore. Je prend le savon Dove. Puis, je me sèche les mains contre les cheveux platines de Marylin sur la serviette. J'ai beau essayé toute la nuit, cette sensation s'est amarrée pour de bon. Au bout d
e mes doigts, une sorte de poussière invisible s'accroche si fort pour ne plus jamais être oubliée.

jeudi, mars 29, 2007

Mes élections

- Vous êtes attitré secrétaire?
Petit oui de la tête, je manquais de sommeil.
- Alors, table 111 s'il-vous-plaît.

Y'a jamais eu d'inondation ou de guerre dans mon quartier pour que j'y prenne refuge. Je manque toujours les bazars de quelques jours, malgré mon amour des vieilles choses délaissées. J'ai jamais été à la messe. Mais ici, ce matin, pour la première fois, je marchais droit jusqu'au fond de ce sous-sol d'église aux reflets d'une autre vie. J'allais passer la journée enterré sous l'aura des néons, enterré en sandwich entre deux hommes impossibles à rejoindre.

Denis porte une casquette Harley-Davidson et ne se souviens pas d'avoir voté dans sa vie. Il reconnaît chez sa voisine une vieille amie de classe de Gaspésie. Tu te souviens? En 6ème année. Notre classe, on correspondait avec Repentigny et l'autre classe avec Amqui. Repentigny c'était trop loin, on y est jamais allé, nous autres. Dans son portefeuille, les photos de ses petits monstres. Elle, cherche encore quelqu'un avec qui les faire. Les électeurs parviennent régulièrement, empêche cette retrouvaille. Mais ils se regardent du coin de l'oeil comme on fait avec un passé qui de toute façon, nous a déjà coulé. Il a le rire généreux et facile.

Jean-Richer porte un pull gris. Il a déjà sû lire, c'est mon avis. Sa moustache, c'est le sourire qui n'apparaît jamais, comme sa peau qu'on devine un peu figée. Il applique l'ordre à la lettre. Carte d'assurance maladie ou permis de conduire! Nom! Adresse! avec le ton disciplinaire d'un autocrate de régime fasciste. Pourtant, on est dans Villeray, et je l'oublie presque. Adolescent, il venait faire de l'exercice dans ce même sous-sol et suffoquait sous la brume des fumeurs. Puis, il y a eu le bingo beaucoup plus tard. Je sais qu'il est chez lui ici, mais ses yeux me lancent le reflet d'un frêle fossile. Puis, il se lève en trombe, comme un enfant n'arrivant plus à obéir, et part s'en griller une dans la toilette.

Lorsque tout est scellé, nous réemergons. Il a plu aujourd'hui, peut être.

mardi, mars 27, 2007

Printemps

Un mois enfin, une license du silence.
Pour que la peau soit mûre, moins dure.
Ouvrir la fenêtre. Être maître.
Sortir de sa tanière, de son hiver.

mardi, février 27, 2007

Luz

La lumière a des noms.

À travers le feuillage d'un érable, en contre-plongée, elle peut aveugler et dissoudre la pupille. Un midi d'hiver, elle peut s'étendre sous nos pieds, dans les banquises, se déposer sur le tissus de l'oreiller. Mais peu importe l'angle d'inclinaison du globe, le nom des saisons, des soltices, c'est mon oeil, rien que lui, qui la baptise. Chaque fois. Elle est froide, si frêle dans un film sur l'ex-RDA. Elle est chaude dans la cuisine de grand-mère, quelquechose dans l'ampoule ou la couleur des murs... Mais ici, maintenant, dans cette chambre, c'est d'une douce tiédeur qui tire de mon oeil une ficelle. Mon iris joue la manche du clown et veut laisser s'effiler une trainée de mouchoirs. Ou de larmes. On ne sait plus.

En arrivant chez moi tard dans la nuit, j'ai bougé les meubles. Le lit ici, plutôt. Le divan là peut être. Ou plutôt... comme ça. Tout semble dans l'ordre. Patient comme une nature morte. La lampe de chevet projette un éclairage crépuscule et bas, et on se tient dans le cadre de la porte comme la navette en orbite, plus haut que l'astre. Je regarde ma scène, patient comme une nature morte. La lumière a un nom, et ce soir, ma pupille la nomme 'absence'.

C'est elle qui me fait ça?

samedi, février 24, 2007

Ping...

J'ai dit une chose. Sans y penser. Je croyais qu'elle rebondirait simplement, comme lorsqu'on jouait au ping pong ensemble dans le sous-sol poussiéreux de la maison. Je n'ai jamais voulu gagner, faire un seul point. C'était toujours ma plus grande crainte que la boule blanche t'échappe. Car ç'aurait été tout de ma faute. Je ne souhaitais que ces aller-retours des choses, cet échange éternel, une cohésion parfaite, de nos avant-bras et des micro-secondes. Il fallait tout accorder. Un rythme, un espace, un temps. Et s'y bercer.

Ce soir, j'ai reouvert la porte, descendu ces marches. Le plancher a tant refroidi, défiguré par les éruptions de pyrite. Ce n'était pas le temps. Ce n'était pas le moment. Rien n'était en place, ni les étoiles, ni nos coeurs. Mais je n'en peux plus d'attendre que les astres, que les vents, que tu me dises que tu pensais mourir et que je n'en saches rien. Je ne veux plus arriver trop tard, et tu veux que je reste satellite. J'ai dit une chose, tu es parti sans manger. Ton repas froid sur la table. Et moi, espérant que son frère ne saute pas le garde-fou.

vendredi, février 16, 2007

ZZZ

J'ai a peine réussi à faire un tour de la rue.
Si mon pays c'est l'hiver.
Alors je tombe comme un drap.
L'hiver-nation.

dimanche, février 11, 2007

La haie

Il y a des jours où il est impossible de lire un roman. Tout les mots percent un trou par lequel mon pied s'enlise, me mettant face à une scène, un gouffre. Et les peines pèsent comme un lourd rideau rouge qui ne peut se dévoiler. J'entend la machine à coudre courir dans la chambre de maman. Est-ce un rêve? Suis-je enfant de nouveau? C'est le même ronronnement qu'une petite locomotive qui nous berce vers des contrées imaginaires. J'accoure, j'ouvre sa porte en fracas, la machine s'arrête, mais coule un déluge de tissus noirs. Ses yeux scintillent comme des éclats qui contiennent le monde. Enfin, la tempête est dissipée. Quelqu'un est mort.

***

La première fois qu’on s’est parlé, il avait la tête par-dessus notre clôture, nous demandant s’il pouvait la traverser. Nous étions enfants. Pour faire court, on aurait pu l’appeler Chris. Mais il en fut autrement, et c’était peut-être l’idée de mon grand frère. Pour toujours, je garderai le souvenir de Topher, (ou mieux, Tougher) venant cogner à notre porte après le retour de l'école. Cette légèreté me manque. Le vide me renverse quand je reviens devant la maison de mes parents. Mes souvenirs sont vagues, déjà comme si tout datait d’une autre vie, ou d'une autre personne, ou d'un quartier lointain. Nos maisons aujourd'hui, se cachent l'une de l'autre. Les haies ont beaucoup poussé.

Tout ce temps, tout ces indices et nous, condamnés au simple souvenir. Ces boîtes en bordel dans la maison. La disparition de son père, une turbulence incontenable, l’odeur de l’alcool, le verre vide et sa mère gisant sur le gazon vert de banlieue. Sa main dans la mienne. Les girophares de l'ambulance tombant sur notre quartier.

Il y a quelquechose dans tout cela que je n'arrive à exprimer correctement. La souffrance sous le toit voisin, comme ces ondes quand on lâche quelquechose dans l'eau. Je me suis souvenu quand je suis entré une nuit, en cassant une fenêtre, dans la maison de Topher abandonnée depuis des années. Il y avait un pied d'eau pour nous accueillir dans le sous-sol. De la pourriture sur les murs. Le Temps rongeait tout. C'était d'une terreur absolue. Comme si la nuit ne quitterait plus la demeure. Des boîtes entassées comme un déménagement inabouti, des capsules de médicaments renversés par terre, des poupées dans la poussière au fond d'une chambre. Dans le haut d'un garde-robe, il y avait tout ces albums de photos. Personne pour les retenir. Alors, j'ai volé un souvenir comme je voulais me mentir. Sur le portrait d'école, mon premier ami portait une cravate rouge, les cheveux bien peignés et un sourire gravé à jamais sur la pellicule. C'était peut être septembre...

jeudi, février 08, 2007

Plateforme

Métro Sherbrooke. Il passe la carte. Flèche verte et tourniquet, tout va bien. Il s'avance et se fraie un chemin à travers la foule qui le traverse comme un poisson par une rivière. Elle, en voyage peut-être, regarde immobile une carte de la ville déployée devant ses yeux. Il s'arrête à un souffle dans son dos, se demande s'il peut l'aider, ce qu'elle cherche, si elle est perdue. Il se le demande, mais ses mots tournent en cage. Alors il descend les marches. Le train arrive, mais il réalise qu'il s'est trompé de direction. Alors il remonte les escaliers pour retraverser de l'autre côté. Seul de nouveau, la tempête est passée. Elle a quitté aussi. Enfin, c'était peut-être lui qui avait besoin qu'on lui prenne la main.

mardi, février 06, 2007

Le trou

Dans la pénombre de la salle, je constate que quelques couples d'amoureux assistent au cours de philosophie. Nous parlons de la mort de Dieu. Nous parlons de la fiction de l'Amour. La passion amoureuse est la plus bavarde. La pause sonne. Le professeur doit fumer. Et une jolie fille enlace le garçon à ses côtés, lui pose un petit bec sur le bout des lèvres...

J'arrive chez moi et continue à me demander comment me barricader contre ce froid qui givre les os. En me penchant derrière la machine à laver, je remarque ce trou béant dans le mur. J'ai eu un malaise, comme celle d'une chaloupe dans le noir océan. Tout ce temps. Tout ces courants que nous n'avons écoutés...

jeudi, février 01, 2007

Astronomie #1 : la Naine brune



La problématique des masses manquantes intrigue les scientifiques. Seulement 10% de la masse de l'univers aurait été identifié. Les naines brunes sont l'emblème du reste, ce qui est éteint ou qui n'a jamais brillé. J'ai un peu mieux compris qu'un fond indissoluble de tristesse guête doucement pour me monter à la gorge. Les marées se dérèglent et sont de plus en plus hautes en hiver, je ne sais nager, j'en ai si peur. C'est qu'il y a un fossé entre tant de choses qu'aucun pont ne pourrait rejoindre. Mon désir fumant et mon regard si tristement banal, rongé par l'absence.

La plupart des naines brunes flottent seules dans l'espace...

Dans un autobus, j'aborde une étrangère qui s'assoit près de moi, je lui parle avec la plus sincère empathie, un désir cru de la connaître même si je ne sais à quel arrêt elle partira. Mais son regard est un fleuve détourné vers d'autres plaines. Et nous nous quitterons sans nom. Sans suite. Car je n'aurai été encore qu'une silhouette contournée.

... trop petites pour que s’allument en leur sein les réactions de fusion nucléaire qui, dans les étoiles " normales ", produisent lumière et chaleur en abondance...

Si j'avais le courage de raser les cheveux de ma tête, et entrer les mains jointes au monastère demain... je saurais couper l'infection à la source, cette braise acharnée. J'ai soif. J'ai une bosse sur la tête, et besoin qu'une âme s'amarre, qu'une paume s'y pose.

...en raison de sa masse trop faible, la température et la pression en son cœur ne sont plus suffisantes...

J'ai pourtant la cheville droite qui danse toute seule.

mercredi, janvier 31, 2007

Train

Il y a dans le creux de mon ventre une graine de nausée. Je veux danser et l’écraser sous mes semelles de vent. Mais quand je m’arrête, le germe est devenu liane ligotant mon existence en un noeud. Ce train roule trop vite, par la vitre, tout se défigure, comme dans les vidéos des astronautes quittant l’atmosphère. A la vitesse de la lumière, il faut se regarder la paume pour s'en souvenir, car le reste n’est que fait de lignes et de couleurs. Demain, il y aura un déraillement, peut être.

lundi, janvier 22, 2007

Assurance vie

Avez vous l'intention de prendre l'avion dans les 5 prochains mois et non en tant que passager? Quelle est votre consommation de boissons alcolisées? Existe-il dans votre famille des maladies héréditaires du coeur ou du rein? Avez vous l'intention de pratiquer un sport dangereux, tel le parachute, le ski nautique, le cerf-volant?

L'appel de la compagnie d'assurance m'a tiré par les bras très tôt. J'étais toujours tissé dans la toile d'un sommeil langoureux et feignait une légèreté d'esprit. Le questionnaire me semblait interminable, je n'avais pour désir quelle celui de choir, de laisser tomber le combiné. Tomber d'une falaise n'est pas l'image à projeter quand on magasine une assurance vie. Mais c'est un faste déjeuner que ces énumérations de maladies ténébreuses.

J'étais en retard. Enfin, j'allais l'être si je prenais la 30, puis la 97 vers l'est sur Mont-Royal.

La neige s'enroule autour de mes roues comme le givre sur les pavés. Je regrette d'avoir pris ce chemin. En descendant sous l'aqueduc sur Christophe Colomb, je serre les poings sur les freins. Je me fais petit pour que la chute ne me casse pas en petits glaçons. Mais je glisse dans un hasard qui me plaît, et je remonte la pente avec une bravoure reconquise. Comme l'enfant d'une première envolée à vélo. J'arrive à l'heure au rendez-vous, déroulant la longue écharpe, je sens une goutte de sueur perler sur mon cou. Sans la peur du poids des choses, c'était une nuit suspendue.

Je me couche sur mon lit, les jambes comme une petite flamme. À ce petit instant d'avant le sommeil, je sens presque le tremblement arriver, et il me secoue. Un spasme, un court-circuit nerveux. Étrange comme à cet instant même m'apparût une image lumineuse. Une brise faisant tourner les pages d'un livre ouvert.


lundi, janvier 15, 2007

Mon phare

"149 sur 97."

Je ne suis pas certain de la signification de ces chiffres. Aux premiers abords, on imagine un résultat trop haut, trop fort. Quelquechose de miraculeux, comme si le professeur avait mal corrigé. Mais non. Donnes, on va essayer avec l'autre bras. On serre. On serre. La machine continue de baîller et de calculer... C'est peut-être la café, c'est peut être les piles qui sont faibles... On cherche, il faut trouver une raison, quelquechose. On recommence parce qu'on n'est pas d'accord. On a beau courir, aller vivre sur un autre continent. Les numéros, on ne les a pas choisis. Même résultat.

On a appris ce soir que ton coeur bat, trop fort, que ton sang se déverse comme les fleuves, meurtriers hors de leur lit. J'ai toujours senti qu'à l'intérieur, tu brulais d'une flamme trop intense. Si on grandissait parfois dans les neiges arides, toi, tu brillais tragiquement comme des feux éternels. Mon grand frère. Toutes ces choses qui nous reste à voir.

La lumière de mon phare a vacillé aujourd'hui. Dans la nuit, une vague m'a presque noyé.

mardi, janvier 09, 2007

9:42 am

Angoisse en guise de matin. Dans ma main, un pain, en vain. Sans saveur.

Je regarde le chat, lui aussi tourne en rond. J'aimerais que le chatgrin se repose, mais il vit aux mêmes heures que moi. Ça ne sert à rien de tenter de le déjouer, de dormir ici et là, mettre son réveil-matin, obéir ou pas. Je suis comme un débutant du jazz. Celui qui a apprend l'improvisation. Mais je trébuche à chaque pas, là où il aurait fallu essayer cette note, poser un doux silence, je suis ni l'un ni l'autre dans ce spectre, comment est-ce possible, d'être ni sous le soleil, ni son ombre? Même la liberté a ses tonalités, ses bémols à l'armure.

je pars marcher dans la rue
la chanson dans le creux de mon oreille, me dit:
i've never seen you so awful
i found you at the bottom of a russian novel