lundi, janvier 28, 2008

Sous terre

J'ai très froid, surtout sous la plante des pieds et le carrelage de la cuisine m'est interdit. J'ai de la peine à croire que la lave et les flammes jaillisent du centre de la terre, ce que les enfants se plaisent tant à montrer dans les expositions scientifiques, avec l'aide de leurs papa bricoleurs. Quand j'étais en cinquième, l'expo n'avait pas lieu, comme dans les années passées, faute de quelquechose d'important probablement... une coupure, un doute du progrès. Je crois que personne ne sait, mais que sous la terre, tout est immobile de glace, car le froid ne surgira jamais comme l'incandescent magma.

Mon père émerge du sous sol, le visage légèrement noirci, et un immense sac traîné dans le dos à la manière d'un enfant des mines. On arrivera peut être à bout de la pyrite qui ronge notre souterrain, nos entrailles, nos racines. Alors, on fait le ménage, pour recommencer de nouveau et briller en surface. On jette les vieux classeurs, de vieilles pages jaunies. Puis je pense à ce que grand-mère m'a dit plus tôt dans la journée:

"Regardes comment c'est. C'est exactement comme ça qu'il faudra le faire."

Elle me tendait une enveloppe déchirée: un faire-part. A l'intérieur, la photo d'une vieille amie, quelques souhaits et la date de son enterrement.

dimanche, janvier 20, 2008

Recettes d’hiver

Je ne pouvais voir leurs visages, engloutis dans l’ombre d’eux-mêmes. Comme le cou des cygnes qui se croisent, ils ne faisaient qu’une même silhouette, dont les arcs s’étaient une fois unis en une lueur d’étain sous le néon. Le comptoir des légumes. Entre une fuite de leurs corps, je vois l’objet de l’intimité : un jeune couple, un après midi d’hiver suspendu, un livre de recettes ouvert et immobile.

Je ne daigne regarder davantage, errant plutôt dans les allées, sans cartes, sans directions, sans mesures. Je sors et refais à l'inverse les quelques pas vers chez moi. Dans ma bouche, un arrière goût de terre et d’amer. Quel chemin m’a-t-on tracé? Quels lignes dois-je suivre? Et voilà, sur le trottoir, les éclats d’un pot-masson et d'une sauce tomate déversée, comme sur ma peau une tâche d’un rouge indélibile.

mercredi, janvier 09, 2008

Météo

Jusqu'au bout de mes yeux, j’ai collé une toile du désert, avec un impossible arrêt dans le temps et dans le souffle isolé d’un vent et la caresse d'une dune. Pourtant, on ne peut jamais retenir ces instants où même le grain flotte, léger. Parce qu’au réel, le voyage est fait de turbulences. Ici, dans ma ville, on ne parle que du temps qu’il fait entre nous. De la direction où soufflent les vents. Des carcasses de toit qui gémissent. De l’heure de la rosée, de la pression atmosphérique, de la température ressentie, entre nous. Sur la traversée, s’étalent le givre et les nappes de brumes, l’inattendu et l’inespéré. Entre nous. Les jours se suivent sans cesse changeants et dans le désordre. Pourtant, tout glisse dans un flot si régulier, invisible à l’oeil nu. Doucement puis subitement. C'est ça qu'on se dit pour la mort ou l'oubli, tellement doucement, puis subitement. C'est un millième de degré à la fois, que pour l'éternité, fondent les glaces arctiques. Et le courant qui se libère m’emporte comme un train qui quitte son quai, pour s’enfoncer dans le néant du tunnel.