lundi, mai 28, 2007

Note

Ils reviennent bientôt, me hanter j'en ai peur. Calcutta, Bangkok, et Montréal de nouveau. Le fil de la bobine s'est déroulée, étendue. Sèche, elle les redéposeront dans l'antre que j'avais conquis. Je l'ai vu à la télévision, le dimanche soir. Mêmes les ânes sauvages se déchirent les plaines infinies. Dans le creux de mon petit cratère d'appartement, dans mon troisième lunaire, j'avais fini par planté un petit drapeau, tissé de solitude. Leur retour me parvient tranquillement, comme une note de violoncelle au fil de l'horizon. Je vibre un peu, comme le bois d'un vieil instrument qui grince. Ou comme un plancher qui craque, celui d'une bibliothèque un peu oubliée.

Cette nuit, j'ai écouté ça.

samedi, mai 26, 2007

Jardinage

Mon père peut passer des heures à genoux dans la jardin. J'ai jamais eu la verve. J'ai jamais eu le regard ou la voix qui vient avec.

En début d'été, je prends une fourchette pour racler le bloc de terre d'avant l'hiver. Et comme toujours, dans un petit trou creusé des ongles, je dépose cette petite plante. Je referme en tapant de la main, mais la déracine de nouveau: ce n'est pas assez creux, peut être. Encore de la terre? Est-ce le bon mélange? Pour le jardin ou l'empotage? Ensuite, on dit toujours qu'il faut l'inonder, comme un baptême j'imagine. Elle devient Saguenay hors du lit, hors du balcon, petite fuite, petite chute vers les voisins du premier. Sera-t-elle bien ici, grandira-t-elle?

Le lendemain matin, j'ouvre grand la vieille porte. L'air déjà se dépose comme une tonne de plumes sur les épaules. C'est comme hier, y'a toujours pas de fleur.

J'ai déjà entendu dire que tout était dans la richesse de la terre.

Dans mes souvenirs, t'étais pas là. Ou bien oui, mais jamais nous mêmes dans nos propres yeux. Je ne sais par où pardonner, par où oublier. Je ne sais pas si tu as déjà aimé maman. Je ne sais pas où tu es. D'autres disent que tout est dans l'art de l'arrosage. Mais pour moi, l'espoir ne pousse plus.

jeudi, mai 03, 2007

St-Eustache

S'il ne pleuvait pas...

Dans ma mémoire, la lumière des dimanches d'été faisait éclater l'orange et le blanc de la tôle. Vraiment, une explosion, c'est comme ça que je le veux. Derrière toutes les rangées du marché aux puces, je me perdais dans l'âge des choses oubliées. J'étais assez grand pour visiter seul, m'accorder aux temps. Les clous, les marteaux, tout, même la rouille avait vécu plus de jours que moi.

Le seul repère restait ce toit vu de loin, où nous allions tous nous retrouver. Papa aimait la vieille vaisselle, ou nous rapportait un jeu d'échec où il y manquait un pion.

Qu'un toit de tôle après tout, ses couleurs même encore clairs ne semble plus assez, car mon amour est un fleuve qu'aucun lit ne peut cueillir. On pouvait revenir avec toute la ferraille du monde, qu'elle finirait par glisser dans la fissure de notre oubli.