Encore dans la salle de bain. Je déteste cette sensation. Les mains sous l'eau, je pense la chasser dans le trou noir de l'évier comme à travers la déchirure dans une toile de mémoire. Une pensée jaillit. Je m’imagine, sur une plaine dorée d'orge, poursuivant des moutons. Comme ça, parfois, par-dessus l'évier, c’est tellement tentant d’espérer être cowboy, de vivre pour quelquechose dans une autre ère. Sauter d’un train qui traverse l’Amérique pendant la Grande Dépression par exemple. Et si on fabriquait un lasso avec les bouts de corde dans le garde-robe? Le bruit du robinet est un doux tissus qui s'étire et m'enveloppe dans un flot incessant de réconfort.
Derrière la maison, le petit chemin de gravier menait à un abreuvoir. C'était le bout du parcours, un oasis qu’il fallait atteindre qu’à bout de souffle. Et on les connaissait à travers la ville, ces monuments à la hauteur d’enfance. Ceux qui jaillaissaient en hauteur, ceux dont l’eau gelait le fond de la gorge. À l'automne, les feuilles les couvraient et puis plus rien n’en sortait. En revenant de l’école, on s’y arrêtait encore. Puis, un moment, on apprit comme ça, la sécheresse ou le silence, des rudiments de la mort taquinés par le bout du doigt.
Je me réveille dans ma salle de bain, c'est mon anniversaire, encore. Je prend le savon Dove. Puis, je me sèche les mains contre les cheveux platines de Marylin sur la serviette. J'ai beau essayé toute la nuit, cette sensation s'est amarrée pour de bon. Au bout de mes doigts, une sorte de poussière invisible s'accroche si fort pour ne plus jamais être oubliée.
mercredi, avril 11, 2007
Les abreuvoirs
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1 commentaire:
Tes mots s'étirent dans mes souvenirs...
Merci.
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