Il y a des choses que je ne peux croire. J'ai cogné chez lui et vis d'abord à travers la vitre un désordre évident. Le travail de porte à porte nous fait glisser sur des surfaces éphémères, le nom des fleurs, la couleur du paillasson, l'usure des souliers... Toujours trop peu d'indice, trop peu de paroles, trop peu de temps. Ce jeune couple qui coupe des tomates en sous-vêtements, cette femme seule qui écoute un concerto dans l'obscurité, des rideaux qui flottent sous la brise du mois d'août. Des tableaux d'une chaleur que j'envie un peu, car condamné sur le seuil même de l'intimité, la dure ligne entre le soi et l'ailleurs. Lui, son regard est d'une lueur qui parfois éclate comme une voix en cage. Je le sais qu'il tangue comme une silhouette qui veut tendre la main et me raconte.
C'était fou, tu ne sais jamais où tu pars, où tu es et puis voilà, tu descend d'un avion. On te dit de rien faire, de les laisser se tirer. Tu es en Bosnie, c'est l'année 1999. Puis, tu étais très près de cette fille, militaire comme toi. Tu me demandes d'essayer d'imaginer le plaisir d'un confort, d'une intimité si fort car si loin de chez toi. On allait se voir le matin, et on partait tirer des cibles ensemble. Et il fait si chaud qu'il faut sortir du tank pour respirer, elle et toi. On dit que la guerre est pleine de drapeaux de haine, alors qu'elle ressemble à un souffle juvénile et presque naif de vie. Elle est morte en te faisant face, son sang sur tes vêtements.
On ne ment pas avec tel éclat, mais il y a des choses que je ne peux croire, car l'horreur est un visage qui ne se raconte pas.
1 commentaire:
Quelques frissons sur une journée grise. Merci.
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