mercredi, août 23, 2006

Le bossu

La fenêtre de la chambre regardait vers le sud-est. Au-delà des boisés interdits et derrière les rues désertées de banlieue s'étalait, comme repoussée aux limites terrestres, l'autoroute caressant les courbes fuyantes du fleuve. Mais la nuit, cette musique lui venait assez vague et il la déguisait à sa guise, pour écrire la partition de la mer du Nord ou celle du décollage d'un Boeing. Un peu de tout, car qui rêve vraiment à la trame des échos et des klaxons, aux cris égarés?

I could be nothing without you
Said the waves to the sand *


Ces douleurs douces au dos gênaient son sommeil. Ce n'était pas la foudre, rien qu'un léger engourdissement qui gagnait son corps conquis. En y repensant, ce n'était une 'douleur', plutôt un mal, oui, celui d'une absence. Une paume glissant comme une goutte sur sa peau, comment se souvenir? Il avait oublié ce qu'était de poser la main sur son ventre rond, et de tracer avec son pouce comme un compas une fine esquisse. Il y avait déjà eu sous mes doigts, comme dans un filet, les marées de ton souffle doux.

* Great Lake Swimmers

1 commentaire:

Amnésie et autres cies... a dit...

*Et elle murmure...

Encore.