samedi, avril 29, 2006

Le métro



- Tu écris toujours? lui demandais-je.

A cet instant, nous déposions le pied sur l'escalier roulant. Marcher avec quelqu'un m'est un geste étranger, moi qui ne sait pas danser. Je croyais bien m'immobiliser, pour qu'ainsi nous puissions étirer ces moments partagés et laisser l'ingénierie souterraine nous bercer vers les wagons. Mais j'ai dû la suivre, elle qui refuse de rester, de s'abandonner au cours automatique des choses.


Je me souvenais plusieurs hivers déjà derrière, quand nous nous découvrions à travers les mots, entre les lignes. Une nuit chez elle, j'avais eu le malheur de feuiller ses écrits lorsqu'elle sortit de la chambre et d'entrevoir en un instant mon nom. J'avais fini par partir, sortir et témoigner seul d'une fine neige sur le pavé des nuits désertes.

- Non, j'ai arrêté de dessiner, de jouer de la musique, et enfin d'écrire. Nous continuions à descendre. Je pense que ça me fuckait peut être trop, que c'était irrationnel...

C'est étrange, douloureux de réaliser au milieu de conversations, parfois qu'une petite phrase qui nous étouffe, comme on s'éloigne de nos amis, comme il est dur de garder les mêmes chemins. Mais encore, qu'est-ce que l'amitié? Nous nous rencontrions pour la première fois en plus d'un an, nous avions tous les deux voyagé si loin. Je le sais, enfin, je me leurre peut-être, ces distances, ces amitiés incertaines, je ne les blâme que sur mon coeur égaré, quelquepart dans une fin du monde.

Une étrangère me frôle, sa douce main sur mon épaule. Tant de frissons me parcourent comme le tonnerre, sa lumière dans mon champ de l'oubli.




vendredi, avril 21, 2006

L'angoisse est un marteau

Derrière mes yeux, c'est le cockpit: une énorme console devant laquelle je me chante : under the maple, it was in April, I wasn't able, I wasn't able. Quelques minutes avant minuit, je laisse de côté la fatigue d'une angoisse qui tourne dans mon circuit sans surprise. Laissez-moi en paix, laissez-moi, je vous en prie, mangez mon pain et mon paris-pâté. Les piqûres ne peuvent rien contre Épicure, je le sais. Comme j'aime ce dernier bout de tartine, comme il est merveilleux ce verre, et mieux, le lait si blanc qui coule limpide dans ma gorge. Est-ce vraiment cela la paix, rien qu'une infime pause? Suis-je un peu fou sous cette facile extase?





*By the Cathedral (Karen Ann)

lundi, avril 17, 2006

The story of my life


- What about a pizza right now?**

Woody Allen refuse
- It's the story of my life
Se dit la femme

La vie en une ligne devient un parcours miné de refus. C'est une phrase plein d'amertume, de pitié de soi, comme si l'un s'observait du ciel en se commentant telle une partie de hockey.

Il y a encore ces rêves troublés de triangles qui viennent perturber mes nuits. Sur les pupitres se brouillent mentons appuyés, chevelure blonde de désir et pages blanches chiffonnées, déchirées. Par dessus tout, on nous demande de tracer cent équilatéraux, mais pas d'isocèle. Comment faire? Comment dessiner, même esquisser la perfection. Et encore, où sont nos règles, nos compas et nos mesures? Et le temps pousse, comme s'assoient sur nos dos tout ces grains du désert, de nos vides et de nos impuissances. Le coeur débat, comme pris dans des angles incommensurables. Il faudra faire vite et terminer avant la cloche et dans l'ivresse tourbillonnante se mélangent enfin les lignes et l'arithmétique d'un visage, d'une voix douce que j'aime. A main levée, je réussirai peut-être...

Le rêve d'hier... un peu l'histoire de ma vie



** Manhattan Murder Mystery (1993)

samedi, avril 15, 2006

Fragment

I feel fucked.

C'est tellement rassurant d'avoir un bouc émissaire, un vase où jeter les fruits de nos tristesses. Alors nous dirons : "C'est l'horloge biologique, les temps modernes, ou les printemps étouffés", c'est tout sauf mon coeur qui n'est plus en feu.

Je respire depuis déjà plusieurs fois la Nuit ici, sans cesse dans le décalage, car jamais rien ne semble réussi, à l'ombre de mes espoirs, comme de l'achèvement idéal. Pourquoi ce goût toujours amer de l'incomplet en moi? Tu me diras, nous ne sommes ici sur Terre qu'en moitiés.

vendredi, avril 14, 2006

Une voix claire

Trop de rudesse. Tout est loin, un peu inaccessible, est-ce possible? J'aimerais que la chanson change en cours de route, que demain soit une suite d'arpèges aux bouts de mes doigts, dans ma voix. Si étrange de parcourir que de revenir sur ces lieux comme peut être je crois être une revenant sur mon propre présent. On dit que chanter enlève la nausée. J'ai besoin d'une voix, d'un drap d'été sur ma gorge sèche et trouble.

mardi, avril 11, 2006

Les années lumières

- C'est quoi tes plans? demande un ami
- Je sais pas trop, je réponds, un peu désemparé sur le moment.
La couleur du jour ne semble jamais vraiment loin de mes états d'âme, le pied un peu embrouillé dans le sous-sol inhabité. C'est mon anniversaire, un ou deux courriels, quelques lignes. Tout pour décevoir car les années passent et encore une dizaine de pas nous éloignent ce de banc de parc de nos adolescences. J'aimerais tant avoir l'émerveillement des pierres, l'esprit scientifique ou le regard porté vers les étoiles. Les années-lumières sont pour calculer l'inatteignable.

lundi, avril 10, 2006

Kyoto sur la langue

Parfois, je me sens attaqué et mes neurones par quelconque influx nerveux me renvoie un tas confus de sensations, mais tout sur le bout de ma langue. J'entends un air, et apparaìt par exemple dans le fond de ma gorge et dans mon coeur un goût de Kyoto. Du moins le mien...

C'est ma fête, encore un jour quand seul et moi en un, la fête elle semble folle, venue d'ailleurs et ne me tente pas. Pour cette année, je souhaite des sourires, peut être même venant du fond de mon coeur. Et qui sait, peut être dormir un peu, une épaule, une chevelure, un corps vu de trop proche qu'on doit le fragmenter. Un peu d'amour peut être.

dimanche, avril 09, 2006

Sous le St-Laurent

C'est une chute horizontale, peut-être croirait-elle à un instant intime, seule maintenant à traverser la nuit comme une lame sur laquelle miroite momentanément les lumières de la ville. "Après ce virage, ce sera le tunnel, et après le tunnel, un peu plus près de chez moi" se dit-elle. Son pied appuie un rien de plus sur la pédale comme on fait pour allonger les notes d'une prélude au piano. A la radio, un rythme primaire pulse comme son coeur adolescent dans une fête de déluge, mais se dissipe aussitôt l'automobile descendant sous les profondeurs du fleuve. Les lignes et les lumières, les couleurs; tout devient mosaîque, abstrait.

"Qu'y a-t-il derrière ces murs?" Avec sa main droite, elle tournera le bouton du volume avec une précision soignée. Crescendo et descrenscendo et on sentira presque le grichage des ondes interrompues devenir les vagues de la mer. Les bris et les cris des eaux, la voix d'un fleuve vers un temps ancestral où la vitesse n'était que projet. "Oh, depuis quand nos corps se projettent-ils ainsi?"