mercredi, décembre 27, 2006

Fondre au noir

Nous avons plusieurs machines. Elles font des choses. Pour nous. C'est comme ça. J'en ai vu, dans des films, des gros trucs qui crachent du feu. Je voudrais parfois travailler dans une usine, être un steelworker si j'en avais le courage et le dos. Le visage en suie, et à longueur de journée, j'y ferai fondre le métal en lave, comme si mon coeur même explosait comme un Vésuve en boîte. Il y en a des machines même pour faire rugir un coeur asséché. Y'en a qui permettent de voir des choses qu'on croit affreuses. Les bactéries. Les virus. Les grandes pandémies, les grandes maladies mortelles sont parfois d'une beauté incroyable au microscope.

Mais les boutons, la mécanique ne peut expliquer cette vague. Le silence. La neige dehors. Assis sur le plancher, quand l'aiguille tique. Je remonte le temps. Parce que je ne suis plus aujourd'hui. La seule chose à lier est ma folie, mon absence. J'ai déjà quitté, pardon. Au cinéma, on appele ça une fondue enchaînée. Dans mon cas, il n'y a que les premières images, quelques souvenirs d'un passé heureux. Le reste est noir, et je vous attends, votre doux atterissage dans ma paume ouverte.

La nouvelle année arrive, mais je suis un générique de fin de film.

dimanche, décembre 17, 2006

Nouvelle année

J'attends que tombe sur la ville comme un linceuil, comme la neige ce rideau blanc. Je ne prendrai pas soin de ma santé. J'attends ce froid qui noiera tout comme une symphonie de vagues, le dernier mouvement. J'attends l'oubli qui viendra peut-être, qui sait. J'irai me raser tout les cheveux de la tête. En attendant, je dresse une liste de choses à faire. Je mangerai encore de la crème glacée Coaticook (parce que c'est là qu'est née Winnifred Bertrand.) J'irai défier les saisons, rire du réchauffement, trouver une petite pente avant la neige, et rouler dans le gazon. Je ne dirai pas non à la drogue dure. J'écrirai une scène où les personnages chantent. J'attends de perdre la mémoire. J'écrirai une chanson et j'enlèverai le de résolutions.

vendredi, décembre 08, 2006

Magnétisme

Je suis fasciné par le jeu des aimants.

Il n'en fallait que deux pièces, qu'on décrochait du frigo ou retirait d'un jeu d'échec magnétique par exemple. Mon frère et moi étions possédé par ce jeu à la surface carrotée, rouge et noire, qu'on trouvait au magasin du dollar. C'était fait en Chine sans doute, mais j'étais sûr qu'il devait y avoir un responsable derrière cette idée. Car ce jeu exerçait un pouvoir immense, une fascination complète chez l'enfant que le morcellement et la chute guettent à tout moment. Nous le prenions avec nous partout, comme si nous avions glacé les jours et vaincu toute métamorphose possible du temps. C'est fait, c'est ça! Tout y est! Les aimants faisaient l'ancre qui coulait tout dans l'éternel. La terre pouvait trembler, les voyages nous emporter, que la partie devait continuer. Échec! Gâre à toi! Mais on se réveille toujours de cette euphorie; nos armées démembrées, pêle-mêle, les figures détachées de leur socles...

Je suis façonné par le jeu des aimants.

Il n'en fallait que deux. Je note: Résultat #1 - une attirance intacte, ennuyeuse presque, sans conclusion. Résultat #2 - une fébrile danse de répulsion. Il y a toujours une attraction pour l'un ou l'autre, la vie ou la mort, par exemple. Ou encore, l'oubli et la désinvolture ou le passé. Je suis du deuxième groupe dans ce cas, s'il faut choisir, j'aime les pantalons délavés, les machines oubliées, l'obsolète. Je vous parle de magnétisme car je danse malgré moi sous ces pulsions que mes doigts d'enfant ont déjà tenté d'attraper.

Notre maison, je la quitte toujours doucement que pour refranchir son seuil et me permettre ces voyages. L'alchimie du lieu devenu luxe, transformer le présent en passé est ma maladie. Alors je fond dans le bain la nuit quand j'y retourne, pour abolir les pôles, le plus ou le moins, et ne plus voir la légèreté du plomb des choses. Goûter le silence d'avant le monde sauf que maintenant, ce sont ceux qui m'ont mis au monde qui dorment.

mardi, décembre 05, 2006

Bouffée

Ce n'est pas qu'il n'a rien à dire. Il écoute les conversations qui sautent rapidement d'un côté de la table à l'autre. Et les rires fusent sans qu'il ne comprenne vraiment pourquoi, comme s'il manquait toujours un élément de l'histoire. Pourtant, il tend l'oreille, mais n'arrive jamais à placer un mot. C'est alors que vient l'idée de fumer. Le discret, le muet, l'aphone aime la cigarette. Quelqu'un le lui avait fait remarquer, le geste de porter la cigarette aux lèvres, de prendre une bouffée, puis enfin, d'éloigner la main de sa bouche faisait tant de bien. Non pas en nicotine, non pas par l'absorption de quelconque ingrédient chimique. C'était de répéter sous la fumée ce geste de tirer, comme avec une ficelle, des paroles inaudibles de sa bouche. L'index et le majeur qui se glissent de nos lèvres vers les autres, comme quand on embrasse celle qui nous quitte sur le wagon d'un train. Après tout, il n'avait peut-être rien à leur dire, alors il fumait.

dimanche, décembre 03, 2006

Maux

mes mains mots vides comme comment dire pour voix désert cassé peau distance plafond chanter oui chanter noir une sieste et un désir rue écho écrire loin refrain sous verglas étrange et nu blanc l'école rouge gazon clôture sueur nuit haleine elle

you're okay, alright. you're okay, it's not fine

boum derrière l'oeil, c'est tard mais j'aime que la nuit reste, quand elle dit oui, quand on lui dit qu'elle peut rester, dormir ici, dans mon coeur.