mardi, février 27, 2007
Luz
À travers le feuillage d'un érable, en contre-plongée, elle peut aveugler et dissoudre la pupille. Un midi d'hiver, elle peut s'étendre sous nos pieds, dans les banquises, se déposer sur le tissus de l'oreiller. Mais peu importe l'angle d'inclinaison du globe, le nom des saisons, des soltices, c'est mon oeil, rien que lui, qui la baptise. Chaque fois. Elle est froide, si frêle dans un film sur l'ex-RDA. Elle est chaude dans la cuisine de grand-mère, quelquechose dans l'ampoule ou la couleur des murs... Mais ici, maintenant, dans cette chambre, c'est d'une douce tiédeur qui tire de mon oeil une ficelle. Mon iris joue la manche du clown et veut laisser s'effiler une trainée de mouchoirs. Ou de larmes. On ne sait plus.
En arrivant chez moi tard dans la nuit, j'ai bougé les meubles. Le lit ici, plutôt. Le divan là peut être. Ou plutôt... comme ça. Tout semble dans l'ordre. Patient comme une nature morte. La lampe de chevet projette un éclairage crépuscule et bas, et on se tient dans le cadre de la porte comme la navette en orbite, plus haut que l'astre. Je regarde ma scène, patient comme une nature morte. La lumière a un nom, et ce soir, ma pupille la nomme 'absence'.
C'est elle qui me fait ça?
samedi, février 24, 2007
Ping...
Ce soir, j'ai reouvert la porte, descendu ces marches. Le plancher a tant refroidi, défiguré par les éruptions de pyrite. Ce n'était pas le temps. Ce n'était pas le moment. Rien n'était en place, ni les étoiles, ni nos coeurs. Mais je n'en peux plus d'attendre que les astres, que les vents, que tu me dises que tu pensais mourir et que je n'en saches rien. Je ne veux plus arriver trop tard, et tu veux que je reste satellite. J'ai dit une chose, tu es parti sans manger. Ton repas froid sur la table. Et moi, espérant que son frère ne saute pas le garde-fou.
vendredi, février 16, 2007
ZZZ
Si mon pays c'est l'hiver.
Alors je tombe comme un drap.
L'hiver-nation.
dimanche, février 11, 2007
La haie
Il y a des jours où il est impossible de lire un roman. Tout les mots percent un trou par lequel mon pied s'enlise, me mettant face à une scène, un gouffre. Et les peines pèsent comme un lourd rideau rouge qui ne peut se dévoiler. J'entend la machine à coudre courir dans la chambre de maman. Est-ce un rêve? Suis-je enfant de nouveau? C'est le même ronronnement qu'une petite locomotive qui nous berce vers des contrées imaginaires. J'accoure, j'ouvre sa porte en fracas, la machine s'arrête, mais coule un déluge de tissus noirs. Ses yeux scintillent comme des éclats qui contiennent le monde. Enfin, la tempête est dissipée. Quelqu'un est mort.
***
La première fois qu’on s’est parlé, il avait la tête par-dessus notre clôture, nous demandant s’il pouvait la traverser. Nous étions enfants. Pour faire court, on aurait pu l’appeler Chris. Mais il en fut autrement, et c’était peut-être l’idée de mon grand frère. Pour toujours, je garderai le souvenir de Topher, (ou mieux, Tougher) venant cogner à notre porte après le retour de l'école. Cette légèreté me manque. Le vide me renverse quand je reviens devant la maison de mes parents. Mes souvenirs sont vagues, déjà comme si tout datait d’une autre vie, ou d'une autre personne, ou d'un quartier lointain. Nos maisons aujourd'hui, se cachent l'une de l'autre. Les haies ont beaucoup poussé.
Tout ce temps, tout ces indices et nous, condamnés au simple souvenir. Ces boîtes en bordel dans la maison. La disparition de son père, une turbulence incontenable, l’odeur de l’alcool, le verre vide et sa mère gisant sur le gazon vert de banlieue. Sa main dans la mienne. Les girophares de l'ambulance tombant sur notre quartier.
Il y a quelquechose dans tout cela que je n'arrive à exprimer correctement. La souffrance sous le toit voisin, comme ces ondes quand on lâche quelquechose dans l'eau. Je me suis souvenu quand je suis entré une nuit, en cassant une fenêtre, dans la maison de Topher abandonnée depuis des années. Il y avait un pied d'eau pour nous accueillir dans le sous-sol. De la pourriture sur les murs. Le Temps rongeait tout. C'était d'une terreur absolue. Comme si la nuit ne quitterait plus la demeure. Des boîtes entassées comme un déménagement inabouti, des capsules de médicaments renversés par terre, des poupées dans la poussière au fond d'une chambre. Dans le haut d'un garde-robe, il y avait tout ces albums de photos. Personne pour les retenir. Alors, j'ai volé un souvenir comme je voulais me mentir. Sur le portrait d'école, mon premier ami portait une cravate rouge, les cheveux bien peignés et un sourire gravé à jamais sur la pellicule. C'était peut être septembre...
jeudi, février 08, 2007
Plateforme
mardi, février 06, 2007
Le trou
J'arrive chez moi et continue à me demander comment me barricader contre ce froid qui givre les os. En me penchant derrière la machine à laver, je remarque ce trou béant dans le mur. J'ai eu un malaise, comme celle d'une chaloupe dans le noir océan. Tout ce temps. Tout ces courants que nous n'avons écoutés...
jeudi, février 01, 2007
Astronomie #1 : la Naine brune

La plupart des naines brunes flottent seules dans l'espace...
Dans un autobus, j'aborde une étrangère qui s'assoit près de moi, je lui parle avec la plus sincère empathie, un désir cru de la connaître même si je ne sais à quel arrêt elle partira. Mais son regard est un fleuve détourné vers d'autres plaines. Et nous nous quitterons sans nom. Sans suite. Car je n'aurai été encore qu'une silhouette contournée.
... trop petites pour que s’allument en leur sein les réactions de fusion nucléaire qui, dans les étoiles " normales ", produisent lumière et chaleur en abondance...
Si j'avais le courage de raser les cheveux de ma tête, et entrer les mains jointes au monastère demain... je saurais couper l'infection à la source, cette braise acharnée. J'ai soif. J'ai une bosse sur la tête, et besoin qu'une âme s'amarre, qu'une paume s'y pose.
...en raison de sa masse trop faible, la température et la pression en son cœur ne sont plus suffisantes...
J'ai pourtant la cheville droite qui danse toute seule.