Romain. Mon premier ami m'a appris l'étourdissement des hauteurs. Il devait faire quelques têtes de plus que le garçon gêné que j'étais, mais c'étaient surtout ces balles de tennis qu'il savait lancer droit vers le ciel en chandelle. Et nous restions là, dans la cour d'école, alors que notre projectile se fondait comme une goutte dans le ciel d'automne. Je retenais doucement mon souffle.
Puis la mère de Romain mourut. Son père continua à le mener à l'école le matin sur le trottoir, le dos un peu courbé. Puis je ne l'ai plus revu. Et enfin, nous déménagions. Du 4 1/2 à la grande maison de banlieue, trop de choses nous ont échappé. Trop de vide s'est déversé entre nous comme un torrent qui tourmente les lettres d'un simple mot. Adieu les lits superposés, la cuisine trop petite et le papier peint de plage des Caraibes pour nous libérer. Les nuits, on ne pouvait plus espionner notre père étudier, car il n'était plus ici. Comme l'entendre se brosser les dents tôt le matin en écoutant la radio trop fort. C'est à cette époque que les choses ont commencé à se passer derrière les portes, ou loin d'ici.
La première nuit dans cette immense maison, nous avions dormi les quatre sur un même matelas, dans cette pièce nue, sous la douce lueur des chandelles.
samedi, septembre 09, 2006
Nos chandelles
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1 commentaire:
La nostalgie reste toujours le sentiment le plus fort, lorsque tout est dit. Les larmes ont même réussi à perler dans ces yeux si asséchés pourtant. Il faut croire qu'il est possible de transmettre ce sentiment du passé à ses amis, même s'ils ignorent souvent tout de ces moments forts de notre jeunesse qui restent ancrés dans un coin poussièreux de notre mémoire.
merci.
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