mercredi, janvier 31, 2007

Train

Il y a dans le creux de mon ventre une graine de nausée. Je veux danser et l’écraser sous mes semelles de vent. Mais quand je m’arrête, le germe est devenu liane ligotant mon existence en un noeud. Ce train roule trop vite, par la vitre, tout se défigure, comme dans les vidéos des astronautes quittant l’atmosphère. A la vitesse de la lumière, il faut se regarder la paume pour s'en souvenir, car le reste n’est que fait de lignes et de couleurs. Demain, il y aura un déraillement, peut être.

lundi, janvier 22, 2007

Assurance vie

Avez vous l'intention de prendre l'avion dans les 5 prochains mois et non en tant que passager? Quelle est votre consommation de boissons alcolisées? Existe-il dans votre famille des maladies héréditaires du coeur ou du rein? Avez vous l'intention de pratiquer un sport dangereux, tel le parachute, le ski nautique, le cerf-volant?

L'appel de la compagnie d'assurance m'a tiré par les bras très tôt. J'étais toujours tissé dans la toile d'un sommeil langoureux et feignait une légèreté d'esprit. Le questionnaire me semblait interminable, je n'avais pour désir quelle celui de choir, de laisser tomber le combiné. Tomber d'une falaise n'est pas l'image à projeter quand on magasine une assurance vie. Mais c'est un faste déjeuner que ces énumérations de maladies ténébreuses.

J'étais en retard. Enfin, j'allais l'être si je prenais la 30, puis la 97 vers l'est sur Mont-Royal.

La neige s'enroule autour de mes roues comme le givre sur les pavés. Je regrette d'avoir pris ce chemin. En descendant sous l'aqueduc sur Christophe Colomb, je serre les poings sur les freins. Je me fais petit pour que la chute ne me casse pas en petits glaçons. Mais je glisse dans un hasard qui me plaît, et je remonte la pente avec une bravoure reconquise. Comme l'enfant d'une première envolée à vélo. J'arrive à l'heure au rendez-vous, déroulant la longue écharpe, je sens une goutte de sueur perler sur mon cou. Sans la peur du poids des choses, c'était une nuit suspendue.

Je me couche sur mon lit, les jambes comme une petite flamme. À ce petit instant d'avant le sommeil, je sens presque le tremblement arriver, et il me secoue. Un spasme, un court-circuit nerveux. Étrange comme à cet instant même m'apparût une image lumineuse. Une brise faisant tourner les pages d'un livre ouvert.


lundi, janvier 15, 2007

Mon phare

"149 sur 97."

Je ne suis pas certain de la signification de ces chiffres. Aux premiers abords, on imagine un résultat trop haut, trop fort. Quelquechose de miraculeux, comme si le professeur avait mal corrigé. Mais non. Donnes, on va essayer avec l'autre bras. On serre. On serre. La machine continue de baîller et de calculer... C'est peut-être la café, c'est peut être les piles qui sont faibles... On cherche, il faut trouver une raison, quelquechose. On recommence parce qu'on n'est pas d'accord. On a beau courir, aller vivre sur un autre continent. Les numéros, on ne les a pas choisis. Même résultat.

On a appris ce soir que ton coeur bat, trop fort, que ton sang se déverse comme les fleuves, meurtriers hors de leur lit. J'ai toujours senti qu'à l'intérieur, tu brulais d'une flamme trop intense. Si on grandissait parfois dans les neiges arides, toi, tu brillais tragiquement comme des feux éternels. Mon grand frère. Toutes ces choses qui nous reste à voir.

La lumière de mon phare a vacillé aujourd'hui. Dans la nuit, une vague m'a presque noyé.

mardi, janvier 09, 2007

9:42 am

Angoisse en guise de matin. Dans ma main, un pain, en vain. Sans saveur.

Je regarde le chat, lui aussi tourne en rond. J'aimerais que le chatgrin se repose, mais il vit aux mêmes heures que moi. Ça ne sert à rien de tenter de le déjouer, de dormir ici et là, mettre son réveil-matin, obéir ou pas. Je suis comme un débutant du jazz. Celui qui a apprend l'improvisation. Mais je trébuche à chaque pas, là où il aurait fallu essayer cette note, poser un doux silence, je suis ni l'un ni l'autre dans ce spectre, comment est-ce possible, d'être ni sous le soleil, ni son ombre? Même la liberté a ses tonalités, ses bémols à l'armure.

je pars marcher dans la rue
la chanson dans le creux de mon oreille, me dit:
i've never seen you so awful
i found you at the bottom of a russian novel