mardi, mai 30, 2006

lundi, mai 01, 2006

Mers et montagnes

J'attends grand-maman devant les statues toutes blanches à l'entrée du temple bouddhiste. Il paraît qu'elles sont sculptées du fameux marbre des montagnes du Viêtnam central, puis envoyé sur les mers, pour un jour s’asseoir au coin de Parthenais, à Montréal, à l'ombre des briques et des clôtures.



Nous profitons du soleil et du vent doux pour aller au marché. Un peu plus à l'est, sur Ontario, nous entrons dans cette épicerie bien discrète. "Viens, prend ce que tu veux" m'indique ma grand-mère d'une voix qui rappelle les temps de guerre et de faim. J'ai oublié la précision des instants premiers, mais je me retrouva instinctivement attiré vers la caisse, prêt à intervenir. C'est là qu'une cliente haïtienne, je le devineras plus tard par son accent, laissa échapper une pièce de 5 sous sur le comptoir, geste que la caissière vietnamienne comprendra comme l'insulte suprême. En un instant, elle récupère la pièce et le lance d'une rare violence, à bout portant, sur la cliente, tout en l'injuriant d'un presque-anglais: You, you go to die! La pauvre cliente de répondre: C'est quoi le rapport, je viens acheter dans ton magasin! A mes yeux, jamais le castor n'a si bien esquissé l'identité canadienne.

J'ai bien cru pour un instant être le seul témoin d'un tel affrontement, la mère de la caissière invisible en arrière-plan, son frère plongé dans le journal derrière le comptoir des viandes, ma grand-mère le nez dans les laitues. De toute évidence, la cliente avait négligé l'impératif de l'établissement concernant les sacs à main à déposer avant d'entrer. Mais laviolence est toujours aveugle, toujours désespoir.

Lorsque vint notre tour de payer, je fis bien attention de ne rien échapper. La caissière, remise de ses émotions peut être, nous servit avec le plus grand sourire, appelant ma grand-mère Bac, et moi, Em, "petit frère"

Quelquechose m'échappe.